Les devises

La devise est le langage du cadran, qui traduit la lumière de son âme.

Vieil aphorisme, évoqué notamment par Charles Boursier en 1936, dans son livre « 800 Devises de Cadrans Solaires ». Je suivrai le même chemin pour escamoter le peu d’ardeur que je porte à la traduction des phrases latines…

       … En y ajoutant : PIGRUM INCREPAT SILENS, (sur la place de l’église de Goult, Vaucluse)

En silence il stimule le paresseux, traduction de Charles Boursier, évidemment !

En épigraphe je proposerai cette formule : La devise est le langage du cadran, elle traduit la lumière de son âme…

Puisque cet objet utilise le soleil et l’ombre, il est bien normal, quand la place est suffisante, d’y introduire une pensée philosophique ou religieuse, parfois une devise épicurienne. Les sujets d’analyses y sont vastes : la lumière, l’ombre, l’espace et le temps. Certains cadrans sont si « bavards » que la pensée y dépasse le temps. Il faut dire que ce cadran était implanté sur une ancienne auberge-café et que la mémoire collective avait depuis longtemps associé la devise au support. M. Boursier avait raison « L’analyse des devises trouvées reste un plaisir intellectuel et un profit moral » !

Quelques devises de Cadrans Solaires Sarthois :

ASTRA REGUNT HOMINES Les astres dirigent les hommes

DEUS ASTRA REGIT Dieu dirige les astres

FORSAN NON ALTERA RESTAT Peut-être n’en est-il pas d’autre à l’avenir

ULTIMAT LATET La dernière est cachée

INSPICIENDO SENESCIS A me regarder tu vieillis

UTINAM ISTE SEMPER Fasse le ciel que tu t’en souviennes toujours

SIC FALLAX GLORIA MONDI Ainsi trompeuse la gloire du monde

ASPICE UTASPICIART Regarde et fais attention

VIVENS MORTALIS FUGIT UMBRA Tout mortel passe comme l'ombre (La Ferté-Bernard, C. Boursier, p. 28)

HORA VILUT UMBRA L’heure passe comme l’ombre

ULTIMAM TIME Crains la dernière

Je remercie Monsieur Antoine Béchaux, d’avoir bien voulu effectuer ces traductions.

Ancien de Sciences-Po, auteur de plusieurs livres dont Les "Béchaux de Porrentruy", "Les Lauriers sont coupés" (récits). Nous partagions, souvent dans les années 1960, quelques propos sur les cadrans solaires, en particulier sur ceux de Porrentruy dont sa famille était originaire. Habitant ‘’La Cailleterie’’, une belle maison ancienne un peu plus haut que la nôtre à Saint-Patrice. Nous parlions aussi selon les jours, du temps qu’il faisait ou qu’il allait faire, de la récolte des fruits dans son verger et moi de ma première miellée en échangeant chacun de nos produits.
Ces emplois du temps de nos journées étaient ponctués en fin de soirée par la « Gardienne de sa Maison » la chouette effraie, respectée à Athènes comme le symbole de la clairvoyance et de la perspicacité. Habitant dans son grenier de ‘’La Grange du Levant’’ toute l’année, sortant à la tombée du jour, épuisée par ses randonnées nocturnes, elle rejoignait à l’aube le grenier par la lucarne dont le haut laisse une ouverture destinée autrefois à l’aération du foin.

La chouette effraie dort toute la journée avec parfois un ronflement bruyant à tel point qu’un hôte de passage m’avait naguère affirmé qu’il devait y avoir un ivrogne dans mon grenier. J’ai tenté de le rassurer, il est resté sceptique (dixit M. Béchaux.)

Ambiances d’une soirée dans la campagne tourangelle sous un tilleul, aux flancs d’un coteau qui domine la Loire, l’on y aperçoit au fond de la vallée le château de ‘’la Belle au bois dormant’’ à Rigny-Ussé.          
Photo P. Deciron 1996

D saint patrice vue sur la vallee

Une petite brume émanant des bords d’une Indre fatiguée, mettant tout son temps avant de se noyer dans le fleuve des Rois, reste un spectacle inoubliable de nos soirées d’été. Dans les années de canicule, dans certains villages au-dessus de la Loire, notre grand tilleul avait la visite de quelques cigales aventureuses, originaires du midi.
Ceci nous permettait de raconter cette savoureuse phrase de Marcel Pagnol, avec la très bonne réplique de Raimu dans le film "César" de 1936 :
« Il est tellement fainéant qu’il ne marche jamais au soleil pour ne pas avoir à tirer son ombre ».
Mais la traduction locale de la devise peinte sur un cadran de 1681, restauré récemment, disait à peu près :
On n’est pas forcé de rester altérés !… Elle, est bien épicurienne !

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     Livre de Charles Boursier              Le cadran de Chantenay-Villedieu            Livre de Olivier Escuder

 

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Date de dernière mise à jour : 24/11/2020