Les opticiens

"J'aurais peut-être besoin de conserves" ...

Dans les années 60, on entendait encore couramment cette phrase dans les magasins d'optique. Les "conserves" étaient le terme utilisé pour désigner des verres correcteurs, probablement dans l'espoir de "conserver" une bonne vue. L'avantage de cette dénomination était de ne pas avoir à avouer un défaut de la vision dû tout simplement à l'âge et au début d'une presbytie. À chacun ses coquetteries... Les rapports que nous entretenons avec nos lunettes sont parfois un peu troubles aussi.

En voici un bref rappel historique.

Les cadrans solaires et les opticiens

O 19 magasin chevallier paris


Les opticiens pouvaient faire réaliser des cadrans solaires par des maisons spécialisées, comme celle de
l’opticien Chevalier ayant boutique quai de l’horloge N°1 à Paris au XIX
e ou celle de la Société des Lunetiers (1849-1972) rue Pastourelle.   

O cadran dollond 2
Il s’agissait là surtout de cadrans solaires horizontaux gravés sur laiton, ardoise, ou pierre, selon les désirs. Il suffisait d’indiquer le lieu exact d’installation, le fabricant se chargeant d’en exploiter les coordonnées géographiques (latitude et longitude) pour calculer l’angle du style et les angles horaires de l’objet. Une notice explicative à l’installation indiquait comment mettre rigoureusement en place le cadran. Le réalisateur se proposant également de construire et tracer, tant à Paris que partout ailleurs, toute espèce de cadrans, méridiennes et généralement tout ce qui concerne la gnomonique.   


Exemple
:
ce cadran gravé sur plaque de laiton ; monté sur une colonne dans le jardin d’un château sarthois ; en réalité fabriqué par Dollond à Londres pour une latitude de 48°50.                


Je me permets d’introduire une recherche sur le métier d’opticien constatant que les opticiens, jadis, vendaient des cadrans solaires. Nous avions d’ailleurs continué cette tradition dans
le magasin Maiche jusque dans les années 1960-1970, avant de nous consacrer uniquement à l’optique médicale. J’ai voulu aborder un autre sujet qui, lui, concernait le métier que j’exerçais. J’en avais déjà écrit un article dans la revue Maine Découvertes
(n° 59 année 2009) ainsi qu'un autre, intitulé "Des opticiens au Mans", pour la revue Sciences et Arts (N° 902 Année 2015).

Les "lunettes" !
Je les ai côtoyées en les vantant et les vendant quotidiennement pendant de nombreuses années. Mais certains d’entre nous qui utilisent cet objet, essaieront sans doute d’y voir plus clair quant à son évolution.

Combien de fois n’ai-je entendu la lecture du texte, test de vision de près dit
échelle de Parinaud, mis en place en 1888. Ce dernier présentant, avec différentes grandeurs de lettres, un passage tiré des Caractères de la Bruyère, « De l’esprit de la conversation », lequel était censé mesurer seulement l’acuité visuelle en vision de près :

"L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux autres, celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit, l'est de vous parfaitement." (P2 D = 0.50)
Voilà une analyse polyvalente que j'épouse facilement...

L'invention des lunettes : un espace flou
La première sempiternelle interrogation venant toujours sur ce sujet, comme sur bien d’autres : qui est l’inventeur des lunettes ? Elle me rappelle la classique question posée quand je faisais l’inventaire des cadrans solaires : qui a inventé le premier cadran solaire ? ou bien qui inventa la première horloge mécanique ?

O 1 st jeromeFaut-il toujours répondre ? Bien sûr que non, mieux vaut ne pas être affirmatif et rester dans les généralités apprises ou entrevues. D’autant plus que certains personnages brouillent les pistes sur des représentations picturales où un sérieux anachronisme permet à Georges de la Tour, d’affubler de lunettes, son Saint-Jérôme. Comme on le verra souvent, une lunette genre clouant, est ajoutée aux personnages pour symboliser "Savoir et Sagesse".                            

Si l’émeraude de Néron reste du domaine anecdotique quant à sa réelle utilisation, il est possible d’évoquer la "pierre à lire" comme instrument de grossissement des objets, avant les lunettes proprement dites. Elle est constituée d’un bloc plan-convexe taillé dans du cristal de roche ou du béryl (pierre précieuse de différentes couleurs selon la composition chimique. Minéral du groupe des silicates).
Nous pourrons suivre dans différents textes le cheminement des propositions avancées quant à la découverte de la première
"lunette", en constatant que les premières apparitions se situent en Italie et coïncident avec le siècle de Roger Bacon (1214-1294). Ce célèbre savant avait fait des études sur le dioptre sphérique, et démontré que l’on pouvait agrandir des lettres en utilisant des verres fabriqués à partir de ce principe d’optique. « Bacon, moine Franciscain, avait chargé Henri Goethals de présenter au Pape Martin IV une supplique le concernant. Il s’arrête à Pise où le frère de la communauté, Spina, voit les lunettes de Goethals, que Bacon lui a offert, elles étaient faites de deux verres plan-convexes montés dans deux cercles de bois reliés par un clou. Spina donne le renseignement à d’Armati, autre Dominicain, lequel fait fabriquer des verres identiques par les verriers de Murano. C’est ainsi que d’Armati est considéré comme l’inventeur des lunettes. »
Ce supposé « inventeur » des lunettes possède son épitaphe sur un tombeau dans l’église Santa Maria Maggiore de Florence
« Qui giace Salvino d’Armato degli Armati di Firenze. Inventor degli occhiali. Dio gli perdoni la peccata. Anno D.MCCCXVII ».
(Dans Recherches sur l’Histoire de la lunette. Édition Conseil Général du Jura et Provincia de Belluno). Bravo nos amis italiens !
Quoi qu’il en soit, il semble logique que la fabrication des verres fût effectuée en Italie et à Venise en particulier, où les ateliers au XIV
e siècle avaient la possibilité de produire un très beau verre blanc transparent qui pouvait être poli.
Une corporation s’y était organisée autour de statuts la protégeant et la réglementant. Mais l’émigration de quelques membres vers l’Allemagne, l’Angleterre, puis la France permettra son expansion en Europe. Le façonnage des montures suivra à peu près cette progression.
O 5 banniere miroitiers lunetiers
En 1465, lors d’un défilé très organisé devant Louis XI, les lunetiers sont derrière la même bannière que les merciers et les tapO 2 baniere merciersissiers et l'on trouve parmi eux des marchands qui vendent un peu toutes sortes de marchandises, comme l’exprimera plus tard cette ironie de l’Encyclopédie : « un mercier est marchand de tout & faiseur de rien ». Cette corporation des merciers comporte de nombreux membres, et semble également être la plus ancienne. Existant dès le XII
e siècle, elle est le troisième des six corps marchands établis par Charles VI en 1407. En 1581, Henri III remettra de l'ordre dans les statuts des différentes corporations et les lunetiers rejoindront celle des miroitiers-bimbelotiers.


Comment se présentent ces premières lunettes ?
                                    
Deux "lentilles" sont maintenues dans des cercles épais en cuir, en corne ou en bois, lesquels sont reliés par une petite tige en métal, un "clou", O 3 clouantd'où le nom de
clouant. Les premiers utilisateurs en sont les moines copistes et enlumineurs à moins qu'ils ne soient suffisamment myopes pour voir de près. Hormis les nobles qui en font une marque de prestige, les médecins, les avocats, les érudits ou les gens de lettres, confirment la nécessité de l’emploi de cette aide, parallèlement au développement de l'imprimerie. Mais ces objets sont chers, donc peu répandus.                                                                     Un "clouant" du XVe s.
C’est au XVII
e que les lunettes commencent à se propager dans nos régions, dans les boutiques des marchands-merciers, ou également au moyen de commerces ambulants et occasionnels.

      Fabricant de lunettes 1568                      O 4 fabricant lunettes   

Sur cette petite scène du XVIe (relatée par Pierre Marly dans « Lunettes et Lorgnettes », Éditions Hoëbeke), le fabricant utilise le compas et trace des cercles sur une plaque de cuir.
Dans le Dictionnaire universel de Trevoux (1786) on peut lire :

Lunettes : sont deux verres enchâssés dans la corne ou tout autre matière qu’on applique sur le nez et devant les yeux pour aider les vieillards et à ceux qui ont la vue courte à lire ou à découvrir mieux les objets.

On pourra le constater également dans le : Traité des usages des Lunettes et pièces curieuses qui dépendent de cet Art, par P. Boudon, me miroitier & Lunetier de Castres.


Je ne suis pas surpris que Rabelais en parlât en 1552 pour planter joyeusement la description d’un personnage
(
Rabelais, Le Quart livre, Chapitre V) ou encore pour les signaler dans les beaux livres de la librairie Saint-Victor : Les lunettes des Romipètes (Avertissement aux pèlerins allant à Rome afin d’apercevoir les reliques).
Rabelais, Le Quart livre des Faicts et dicts Heroiques du bon Pantagruel :

« Ce Dindenault, voyant Panurge sans braguette avecques ses lunettes attachées au bonnet dist de lui à ses compagnons : "Voyez là une belle médaille de Coqu. Panurge à cause de ses lunettes oyait des aureilles beaucoup plus clair que de coustume.
     Ouy vrayment, répondit le marchant, je le suys, et ne vouldrois ne l’estre pour toutes les lunettes d’Europe, non pour toutes les bezicles d’Afrique. Car j’ay une des plus belles, plus advenentes, plus honestes, plus prudes femmes en mariage, en pays de Xantonge. Je luy porte de mon voyage une belle de unze poulsées (une puissance de 11 pouces ou 32,484 cm soit 3 dioptries pratiquement ; de là à déterminer l’âge de la dulcinée…) longue branche de coural rouge, pour ses estrennes. Qu’en as-tu à faire ? De quoy te meslez-tu ? Qui es-tu ? Dont es-tu ? O lunetier de L’Antichrist, réponds, si tu es de Dieu ».

Si les lunetiers peuvent fabriquer et vendre des lunettes, la réalisation des étuis, capables de les ranger pour les protéger, appartient aux doreurs sur cuir.O 9 vitrail
Au Mans je n’ai pas trouvé trace de la corporation des Miroitiers-lunetiers-bimbelotiers. Nous nous contenterons pour notre région, afin de porter témoignage de l’utilisation des lunettes, de la représentation des bésicles sur les stalles de deux églises de la Sarthe à la fin du XV
e ou au début XVIe, ainsi que sur un très beau vitrail représentant la Dormition de la Vierge Marie où un personnage porte d’assez larges lunettes. Cette représentation peut être rapprochée du vitrail de Villeneuve-sur-Yonne, où également un personnage porte des bésicles, toujours avec le thème de la Dormition..
                                  Vitrail de 1520 en l'église Saint-Jean-Baptiste de Baillou (Loir-et-Cher) détail

Les représentations des lunettes en Sarthe

O 11 eglise de precigne
À Précigné dans l’église Saint-Pierre, sur le "museau" d’un accoudoir, est sculpté un moine en contemplation, les mains jointes sur le ventre, il porte de très grands bésicles "clouants" qui lui mangent tout le visage. Ces stalles avaient été réalisées pour l’abbaye du Perray-Neuf et déplacéO 8 eglise de renees après la destruction de cette dernière (XVe-XVIIe).

À
René "l’Homme aux bésicles" se situe sur une miséricorde, la finesse du personnage représenté, ainsi que celle de son exécution, sont assez troublantes. Mais nous sommes à la Renaissance (XV
e-XVIe), humour, dérision, comme chez Rabelais ?



Les modillons du XII
e

O 10 coulonge
Ces
modillons de l’église Saint-Lubin à Coulongé (72800) sont dits du XII
e siècle ? Figures grimaçantes ou grotesques alternent avec des masques d’animaux ou des symboles zodiacaux. Certains chercheurs y voient une symbolique astronomique…

 

En ce qui concerne les lunettes au moins, ces figures ont été introduites bien après, (XVe ou XVIe), après l’invention des lunettes.



Bien qu’aucune allusion n’apparaisse au Mans sur le métier de lunetier ou d’opticien dans les statuts des différentes corporations, je prendrai comme références les statuts des Merciers unis du Mans, lesquels sont à l’image de ceux organisés pour Paris à cette même époque.

Statuts et Règlements de la Communauté : " Des marchands drappiers merciers unis de la ville du Mans par arrest du Conseil du deux novembre 1700. Lesd. statuts et reglements portés par les lettres pattentes ".
Ce règlement comporte vingt-neuf articles qui régissent le métier, les privilèges ou les restrictions apportées dans des cas particuliers. Il précise également dans son article 13, le rôle de police déféré aux gardes de ces communautés. Cette démarche sera d’ailleurs en harmonie avec l’arrêt de la Cour du Parlement le 25 juin 1781, qui interdira 
« à tous les colporteurs marchands de parasols, baromètres, et autres de vendre et débiter aucunes marchandises les jours de foire, ailleurs que sur la place des halles du Mans où elles se tiennent à peine de confiscation des marchandises, et de telle amende qu’il appartiendra, et de faire colporter dans les rues de ladite ville et fauxbourgs, par personnes à eux affidées, aucunes marchandises lesdits jours de foires ».

Dans l’article quatorze, les statuts énumèrent les différents objets
« qui leur avons permis et permettront acheter, Trocquer ou Echanger Etaller Vendre et Debitter en gros et en detail comme ils verrombon être en lad ville… toutes sortes de Marchandises ».

Il serait fastidieux de citer les dits objets, au nombre de 170 environ, très divers et variés que constituent cet inventaire, depuis les tissus, les étoffes, la joaillerie, toutes sortes de métaux, quincaillerie en tous genres.

Dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert la définition au XVIII
e du terme de lunetier est ainsi proposée : Lunettier, s, m (Art mech.) ouvrier qui fait des lunettes, & qui les vend. Comme ce sont les maîtres miroitiers qui font les lunettes, ils ont pris de-là la qualité de maîtres miroitiers lunettiers. Les marchands merciers en font aussi quelque commerce ; mais ils n’en fabriquent point. Continuons cette approche par la définition de la profession de miroitier, puisqu’elle y est évoquée : Miroitier, s, m (Comm.) ouvrier qui fait ou qui vend des miroirs. La communauté des Miroitiers est composée de celle des Bimbelotiers & de celle des Doreurs sur cuir. Par cette union les Miroitiers ont la qualité de Miroitiers Lunettiers-Bimbelotiers & celle de Doreurs sur cuir, Garnisseurs & Enjoliveurs de la ville fauxbourgs.
Les ouvrages permis aux maîtres de la communauté, à l’exclusion de tous autres, sont
"des miroirs d’acier (les premiers miroirs furent de métal poli, l’airain (bronze) ou aussi mélange d’airain et d’étain, puis de verre), des lunettes & des bésicles de toutes sortes montées en cuivre, corne & écaille de tortue, les unes et les autres de crystal de roche, de crystallin ou de simple verre".
Malheureusement, cette Communauté des Miroitiers-Lunetiers-Opticiens (AD Sarthe 5E122) n’apparaît pas non plus dans les archives de la Sarthe. Trouve-t-elle sa représentation au Mans, chez les Merciers ? Le nom de lunettes n’est pas évoqué dans le long inventaire des marchandises décrites dans leurs statuts. Pendant plusieurs siècles ces différentes corporations réunies au sein de groupes professionnels d’Arts et Métiers se chargeaient d’organiser les règlements internes aux métiers concernés par des individus qui se livraient au même genre de travail. Comme nous l’avons vu, elles étaient régies par les différents statuts énoncés par les lois royales. Elles élisaient les officiers qui se trouvaient investis du soin de faire exécuter les règlements et de veiller aux intérêts de la communauté. Les Jurés étaient élus par le « corps de métier » et avaient le droit de visite sur les autres pour faire observer les statuts et les règlements, ils pouvaient aussi saisir les objets mal confectionnés. Pour gouverner tout ce monde, deux ou quatre "anciens" étaient élus dans le corps des artisans : la Jurande. Ceux-ci avaient le soin de la communauté, recevaient les Maîtres et les apprentis et présidaient aux assemblées. Il s’agissait là d’une véritable police interne aux professions qui permettait de protéger la corporation. Évidemment, ces merciers qui "vendent de tout", ne font pas l’unanimité dans le commerce local et il y a contestation de la part des orfèvres du Mans. Cette communauté forme opposition à la confirmation des statuts des Marchands Merciers et Drapiers, et le 15 mai 1731, elle envoie à Paris le Grand Garde de la communauté avec mission de faire changer l’article 14 qui autorise les merciers du Mans à vendre de la joaillerie. Deux corporations vont s’unir en 1700, celle des Marchands drapiers du Mans, instituée en février 1421, reconduite en janvier 1467, août 1565, décembre 1680, et celle des Merciers du Mans, qui n’eurent leurs statuts seulement qu’en 1603, renouvelés en janvier 1615, décembre 1625, mai et juillet 1644. Cette nouvelle communauté prendra le titre de Drapiers et Merciers unis de la Ville du Mans(AD Sarthe 5 E 248)
Le métier d’opticien s’est organisé beaucoup plus tard et, en particulier dans la Sarthe, en glanant ses directives commerciales tantôt chez les horlogers, tantôt chez les joailliers. Les marchands-merciers plus ou moins sédentaires sont les véritables propagateurs des lunettes, en même temps d’ailleurs que les colporteurs pour la campagne, en ce début du XVIII
e siècle.
Ajoutons que la population du Mans en 1764 est d’environ 16000 habitants, que le métier d’opticien n’existe pas encore, et ne semble pas nécessaire à la population. D’ailleurs même les moines de Saint-Vincent, qui utilisent cette aide visuelle dans les travaux de précision, sont obligés de demander à leurs confrères de Paris, de leur procurer des lunettes "conserves".
(Brière. Correspondance de Dom Colomb. Revue historique du Maine année 1877) .

Les colporteurs
Les merciers vendent donc les lunettes au Mans et font tout pour éliminer les intrus qui les concurrencent ; mais ils doivent essayer de soustraire une clientèle aux alentours, dans les campagnes, plus encline depuis longtemps et par facilité, au colportage. Le colporteur va de village en village et de ferme en ferme, les ménagèresfont leurs emplettes pour la couture ou la parfumerie, mais avec la propagation des livres, elles peuvent également acheter des bésicles.

 O 11 colporteurVoici un colporteur qui apparaît sur la première édition connue pour les foires de Lyon de 1532. (Première de couverture du livre édité par L’Association des amis de Rabelais et de la Devinière : Les chemins du ‘’Vray Gargantua en France 2008. Les Grandes et inestimables Chroniques du Géant Gargantua). Le personnage qui court les chemins avec sa balle sur le dos, emporte également les Pantagruélines prognostications pour l’année 1533. N’oublions pas non plus que le colporteur propage la lecture de livres plus ou moins bien contrôlés par la royauté.

 Le colporteur « coureu », (Vieux métiers et pratiques oubliées en Berry et aillO 13 colporteur vendant des lunetteseurs BY3901 BER Bibliothèque Châteauroux), porte-balle, ou « mercelot », qui transporte de très nombreux petits articles, va aussi petit à petit se spécialiser en fonction de la demande. Dans quelques régions ces marchands adopteront une présentation particulière, ils porteront sur le dos une grande caisse avec tiroirs tenue par une large sangle en cuir. Sur des « plateaux » étaient alignées des lunettes de différentes puissances parfois indiquées en pouces. Je n’ai pas de preuves patentes pour la Sarthe de cette spécialisation.         

Une caisse de colporteur avec quelques lunettes
(Musée du Dauphiné)
                           

   O 12 caisse colporteurEn ce qui concerne le choix de la lunette, le client sélectionnaitait dans la panoplie présentée celle qui lui semblait le mieux lui convenir. Il n’était pas question évidemment de parler esthétique, mais uniquement d’efficacité dans l’aide à la lecture ou au grossissement des objets présentés. La détermination de la lunette appropriée était empirique, car le vendeur n’avait aucune connaissance théorique pour la définition de la puissance nécessaire à la vue de chaque acquéreur. Les bésicles comportaient deux verres de puissance semblable, chacun étant sensé posséder deux yeux identiques. Le colporteur partait avec sa malle pleine de bésicles depuis un grossiste de Paris, Nantes, Lyon, Grenoble, ou même d’Italie et effectuait son Périple, selon un itinéraire organisé, ponctué de passages obligatoires au moment des foires où la concentration des individus susceptibles d’être clients est importante. La sélection des lunettes relevait souvent de la perspicacité, de la chance, et même parfois de l’habileté commerciale du vendeur, en particulier lorsque la lunette réellement nécessaire avait déjà été vendue durant un précédent déballage. (Voir Claude Michelet Quelque part dans le Monde. R. Laffont 2006). Une spécialisation s'est instituée au XIXe siècle au sein des colporteurs : certains ne vendaient plus que des lunettes et partaient avec leur balle pleine de bésicles depuis un grossiste ou un fabricant et effectuaient leur périple selon un itinéraire organisé, ponctué de passages obligatoires au moment des foires où la concentration des individus susceptibles d'être clients était importante.
En 1760,
(A. Pioger La Champagne mancelle aux XVIIe et XVIIIe siècles, Sciences et Arts mémoires 1964), dans l’inventaire après décès du colporteur J. Lebourdais, sont énumérés dans la balle, un certain nombre de mouchoirs, bonnets de laine, de peaux de mouton passées en chamois… mais également trois paires de lunettes à 2 £ l’une.
Cette pérégrination s’accompagne évidemment de l’introduction de certains abus, dans la qualité des objets proposés. Qualité bien entendue non vérifiable, mais également une notion mercantile dans les transactions commerciales. Ce bilan négatif s’ajoute à une méfiance quasi ancestrale dans « la France profonde » pour les gens qui « passent », car ils sont aussi les propagateurs des idées nouvelles grâce à certains livres qu’ils véhiculent, et ainsi considérés avec suspicion par le pouvoir.

La possibilité de détourner les statuts établis est fréquente et le colporteur peut aussi se révéler être un Marchand Mercier, établi dans une province voisine.

Ainsi, dans les Considérations sur l’exposé du mémoire de Martin Gruau (A.D.Sarthe E 248 1724>1759) adressé à Monsieur le Contrôleur Général, il est démontré que si ce marchand colporteur de Saint-Christophe en Touraine est en règle pour son apprentissage et a le droit de se faire recevoir Maistre dans la ville de Tours, il ne peut prétendre s’établir au Mans.
« Par quelle prédilection pour la ville du Mans Gruau voudrait il établir un nouveau domicile, il dit avoir un magasin à Château du Loir, une boutique dans la ville de St Christophe. Il est d’ailleurs souvent errant d’un côté et d’autre pour vendre et colporter des marchandises. Lorsqu’il en apporte dans la ville du Mans comme tous les marchands forains il les dépose dans le Bureau de Controlle de la Draperie et Mercerie de cette ville ou elles sont en Sureté, et dans lequel, après avoir été visitées et trouvées conformes aux Reglements par les Gardes en exercice il a la liberté de les y vendre sans troubler ; qu’y voudrait-il d’avantage ».

O 14 imprime a remplir

Depuis plusieurs années en effet, le nombre des marchands s’est multiplié, et ceci « devenait infiniment préjudiciable à l’honneur et au soutien du commerce de la ville du Mans au-delà de ce que toutes les branches ensemble n’en peuvent porter ». Déjà, en 1759, une demande qui ressemble fort à du protectionnisme !                                       

   Imprimé à remplir par les colporteurs avant 1793 (Document J-P Girard)O colporteur 2 maison des 2 amis

 

                     Un colporteur. Pilier de la maison des "Deux amis",
rue de la Reine Bérengère, Le Mans

          (photo P. Deciron)                      


 

 



Les marchands opticiens-artificiers

De la compilation des affiches du Mans, il ressort qu'en notre ville,
(Affiches du Mans N° 18 du 3 mai 1773), en 1772 un marchand de lunettes et d’optique est d’origine lombarde. S’il n’est pas le tout premier à vendre des lunettes en ces murs, son arrivée s’accompagne d’un éclat particulier puisque notre homme est également artificier :
« Le sieur Pontigia, Lombard de nation, Marchand d’Optique, de toutes sortes de pièces de physique, & de toutes espèces de Lunettes demeurant au Mans depuis un an, fait et vend des Baromètres de toutes qualités, les donne à l’épreuve, les raccommode, vend des pommades de Rome & de l’eau de Cologne, raccommode les vieilles lunettes de toutes espèces, compose l’aimant artificiel qui a beaucoup plus de force que le naturel, & se propose d’en apprendre la composition aux curieux. Il est en plus Artificier pour les grandes et petites picées
(pièces), et montre à faire de l’artifice. Sa demeure est Grande Rue vis à vis M. Darcy (maintenant en face du Conservatoire de musique) ». Il complètera ses références dans une deuxième annonce parue le 25 juin 1781, dans laquelle il signale qu’il est aussi parfumeur « et tient des miroirs et toutes espèces de baguettes dorées de différentes largeurs ».
Notre "Marchand-Opticien & Artificier" (
Pontigia) continuant dans sa forme de publicité, va utiliser son goût du spectacle en y ajoutant un peu de musique :

« Le Sr Pontigia Marchand Opticien & Artificier demeurant en cette ville donnera Dimanche 16 juillet préfent mois sur le 8 à 9 heures du foir, au jardin nommé la Grimace, situé au bourg d’Anguy, un feu d’Artifice compofé de différentes pièces très-satisfaisantes pour ceux qui voudront l’honorer de leur préfence. Les premières places feront à 24 fols, les fecondes à 12 fols, & les dernières à 6 fols.  Il y aura une grande mufique en attendant l’exécution du feu !...
» (Affiche du Mans 10 juillet 1786 Médiathèque Le Mans)
.
Il faut associer ces marchands d'optique, qui véhiculent les lunettes au XVIII
e siècle depuis l'Italie, aux propagateurs de l'art de la pyrotechnie. Les impromptus, ces petits feux d'artifice tirés dans les jardins, ici à La Grimace, sont très appréciés en province. Notre opticien-artificier, qui fait route depuis Bologne vers nos contrées en proposant des lunettes pour "voir clair", organise aussi des spectacles, sources de rêves. Il ne sera pas le seul Italien à propager les lunettes dans notre ville. Grâce à ces textes "annonces-publicités" publiés dans les Affiches du Mans, se dévoilent une succession de merciers ou colporteurs qui parcourent notre département et animent la vie commerciale locale. Mais ils sont en concurrence avec des merciers locaux tel, selon l'annonce, le
« Petit marchand d’aiguilles, Marchand bijoutier, rue Saint-Honoré ». Ce terme de "petit" correspondant à l’apanage d’un métier de peu de considération, les objets vendus étant de petite valeur, le vendeur ne pouvait être qu’un « petit homme ». Toujours est-il que ce lunetier-précurseur vend de tout, selon l’habitude des merciers, sans se soucier des bijoutiers établis.O 15 bis

       O 15 dessin bouton         

 

Boutiques de la rue St Honoré  Dessin et maquette E. Bouton                                            



 


« Le sieur
Pampallier
(Affiches du Mans 15 mai 1786 N° 20), dit Petit Marchand d’aiguilles Marchand Bijoutier, demeurant rue St Honoré, donne avis qu’il vend toutes sortes d’aiguilles, les Angloifes  à  tapifferie, crayons Anglois,  lunettes fines de toutes efpèces, lorgnettes, gazes de Paris & d’Italie, mouchoirs, foie d’Angleterre, de Grenade, foie plate, à cordonnet, fil de Flandre à coudre, & à faire du filet, padou de fil & de foie, boucles malgamées & argentées, boucles d’acier & de cuivre de toutes façons, tabatieres d’écaille, en yvoire, à médaillon, en carton ; aiguilles Angloifes à tricoter ; boucles de chapeau pour les Dames, à la nouvelle mode ; toutes efpèces de menue mercerie, chaînes de montres, en or de Mahem, Angloifes & en acier, tire-bouchons en acier, couteaux, cizeaux, portes-feuilles en cuir & en maroquin, bourses à argent, houpes de cigne, cire à cacheter, cannes & autres efpèces de marchandises en bijouterie, le tout à jufte prix.» 
Il devient nécessaire de mettre de l’ordre dans ces activités commerciales. Un arrêt de la Cour de Parlement, du 25 juin 1781, réglemente la manière de présenter les marchandises à vendre au Mans les jours de foires : elle « fait défenses à tous les colporteurs, marchands de parasols, baromètres, et autres de vendre et débiter aucunes marchandises les jours de foire, ailleurs que sur la place des halles du Mans où elles se tiennent à peine de confiscation des marchandises, et de telle amende qu’il appartiendra.et de faire colporter dans les rues de ladite ville et fauxbourgs, par personnes à eux affidées, aucunes marchandises lesdits jours de foires ; fait également défenses à tous cafetiers, limonadiers, hôteliers et cabaretiers, même à tous habitants de ladite ville et fauxbourgs, nottament à ceux qui habitent autour de la place des Halles, de recevoir chez eux aucunes marchandises, si elles ne sont pas emballées, et sous cordes, de les laisser déballer, vendre et débiter chez eux, et de favoriser de quelque manière que ce soit, la vente et le colportage, le tout à peine de confiscation des dites marchandises, et de telle amende qu’il appartiendra, tant contre les marchands et colporteurs, que contre les particuliers qui prêteront  leurs maisons pour y déballer.
Autorise les supplians à faire des visites dans les maisons de ceux qui prêteraient ou loueraient des boutiques, arrière-boutiques ou appartemens auxdits marchands forains et colporteurs ; à cet effet permis aux supplians, de faire faire tant de jour que de nuit, même les jours de fête et dimanches, l’ouverture de tous magasins, chambres, boutiques, et autres dépendances de leurs maisons, permis aux supplians, en cas de saisie, de faire mettre les marchandises saisies en dépôt au bureau de la ville et de celui du commissaire de police qui assistera aux dites saisies, fait défenses à tous, cabaretiers hôteliers et habitans, de s’opposer aux dites saisies, sous telle peine qu’il appartiendra ; ordonne que le présent arrêt sera imprimé, lu et affiché dans la ville et fauxbourgs du Mans ».

Les marchands occupent petit à petit des boutiques ouvertes dans plusieurs maisons de la place des Halles et les rues voisines. Les marchandises y sont livrées par la fenêtre ou par une ouverture, laquelle est close le soir avec les volets de bois qui forment auvent dans la journée. La maréchaussée faisant le service sous les halles reçoit des marchands une indemnité, réglée par le bureau.
C’est ainsi que le sieur Loifielgoment, demeurant rue de la Perle, À la Bonne-Foi, avertit qu’il arrive de Paris avec un joli assortiment en mercerie, bijouterie et parfumerie. Auxquels s’ajoutent dans le style des inventaires de marchandises diverses et colorées, « chaînes & cordons de montres ; falières argentées & plaquées ; jarretières élastiques & en coq ; ciseaux fins, lunettes à tempe & autres poudres… » (Affiches du Mans, 25 nivôse an 13 (1804) Médiathèque le Mans)O 16 lunette a tempe
La lunette à tempe apparaît au XVIII
e avec la lunette à branches qui tient par pression sur les tempes. L’extrémité en est terminée par une partie plus large qui peut être également recouverte de tissu ou de velours.

                                                                                Musée de la Providence, La Flèche. Françoise Jamin
 
         

Voilà en apparence tout ce qui peut être agréable à une population sédentaire qui sur place ne possède pas encore de boutiques suffisamment bien achalandées. Mais après tout est-ce bien nécessaire ? après la lecture d’une annonce de mars 1807 :
« Urbaine Bouchenoire, femme Arable née à Luché en 1703 est morte à Ligron. Pendant les 103 ans et 7 mois qu’elle a vécu elle n’a eu qu’un mari, et 9 enfants.  Cette femme peu de jours avant sa mort cousait, enfilait ses aiguilles sans lunettes sa vie fut terminée sans angoisse ».
(Affiches du Mans N° 13-5 mars 1807). Elle fut sûrement un peu myope sur ses vieux jours avec un soupçon de cataracte. Ceci me rappelle une vieille dame, que ses enfants avaient conduite jusqu'au magasin et qui à 85 ans n’avait jamais porté de lunettes. Elle était myope de moins huit dioptries, voyait très bien de près, mais ne distinguait rien de loin. Dans son lieu de vie limité, ce qu’elle avait entrevu durant son existence se bornait à sa pièce à tout faire, sa cuisine, ses travaux ménagers et la couture où évidemment elle n’avait pas sa pareille dans l’exécution des « ouvrages » de précision.  Elle avait vécu dans ‘son monde’. Ce que corroboraient les dires appuyés, et non moins désintéressés, de la belle-fille qui la trouvait très près de ses sous !
En 1809 encore, un marchand mercier et claincailler prévient lui aussi qu’il est arrivé en cette ville avec un bel assortiment de mercerie, de portefeuilles, tabatières, lunettes, pèse-liqueur et thermomètres. Ce sieur
Goudot s’installe rue du Pont-Neuf.
De cette succession de merciers nous mettons en exergue en 1810 un opticien de Paris qui innove et marque une nette évolution dans les articles proposés, le Sieur Roux-Foronde. (Affiches du Mans N° 48 du Jeudi 30 août 1810). Ce monsieur présente en effet des objets, parfois en termes qui prêtent à sourire et mériteraient développement. Il introduit également des termes plus spécifiques aux modèles pouvant être choisis :
« lunettes de spectacle de toutes les formes, simples et acromatiques  montées très richement et dans les plus nouveaux goûts ; lunettes de jaloux ; conserves fines, blanches et vertes, convexes et concaves de tous les foyers, et pour tous les degrés de vue, myopes presbytes ou inégales, polies au papier de Hollande, montées en or vermeil, argent, écaille chrysocolle et acier ; lunettes fines également pour toutes les vues, binocles, lorgnettes et lorgnons, lunettes de courriers, cataractes, microscopes à mouches, lanstiers de toutes grandeurs, prismes, aimant de l’isle d’Elbe, très fort, télescopes ; lunettes d’approche et de longue vue, miroirs de peintres, de fantaisie et pour se faire la barbe, optiques et vues d’optiques, fantasmagories et lanternes magiques, chambres obscures, verres à fixer le soleil pour le voir parfaitement et sans aucun danger ; lunettes d’avares, thermomètres selon différents auteurs, diamants dits plumes, glaces à portraits, nouveaux briquets pneumatiques pour se procurer du feu en tous tems et en tous lieux, n’étant sujets à aucun inconvéniens, le tout de sa fabrique. Il fait aussi les raccommodages remplace les verres cassés. On trouve également chez lui une gravure ressemblante de Marie-Louise, Impératrice des Français. Il vend en gros et en détail, et tient son magasin ouvert depuis 10 heures du matin jusqu’à 6 heures du soir, sans interruption. Son séjour au Mans sera de 15 jours ; il est logé place des halles, chez M. Ducré même maison que le bureau des diligences, au premier étage, en entrant dans la cour l’escalier est à droite. Le sieur Roux enverra chez les personnes qui ne peuvent se transporter à son logement, les marchandises qui lui seront demandées. »

Où l'on regarde par le petit bout de la lorgnette (termes employés : Dictonnaire de Trévoux, 1752)

O lorgnettes collection pierre marlyCollection Pierre Marly
Lorgnette
: une espèce de lunette d’approche : elle a deux verres enfermés dans un petit étui moins long que le doigt.

Lunettes de spectacle : elles sont complémentaires des lunettes ordinaires, et sont destinées à voir dans l’intérieur d’une salle. Elles étaient utilisées parfois pour détailler des personnes de loin dans une assemblée ou tout simplement au théâtre.

Acromatiques : (achromatiques) plus le verre est grand, plus les déformations de couleurs apparaissent, surtout avec la forte obliquité de la lumière. Les objectifs des lunettes de spectacle peuvent être composés de verres d’indices de réfraction qui permettent de diminuer les aberrations et les irisations.

Lunettes de jaloux : on fait des éventails à Paris dans le milieu desquels il y a une petite ouverture, par le moyen de laquelle les Dames voient sans être vues, avec parfois une lorgnette dissimulée.

Autre définition selon une description de Thomin  « lunette de jalousie, il s’agit d’une lorgnette, dont la différence consiste en un miroir étamé, posé obliquement dans le tube percé d’un jour ovale sur le côté. Son utilité se borne à nous faire voir, d’une manière qui échappe aux autres, une personne que l’on ne semble pas fixer ».

Conserves : ces lunettes ont un effet grossissant faible, elles sont une aide discrète à la presbytie naissante. Les personnes qui les utilisent pourraient, à la rigueur s’en passer, sans trop grande fatigue. Mais on étendra par élégance, le terme à des puissances parfois plus fortes !!!
Binocles : deux verres reliés par une articulation (comme un compas)

Lorgnons : verre cerclé, prolongé par un manche en métal ou en écaille.

Lanstiers : (lancetier) monocle avec un manche (même objet que le lorgnon)

Lunettes d’approche : Instrument d’optique formé de différents verres ou lentilles ajustés dans un tube, et propres à découvrir des objets éloignés.

Lunettes d’avares : lunettes polyédriques ou à facettes est ce que le peuple appelle lunettes d’avaricieux qui se fait avec un verre taillé qui multiplie autant de fois l’objet qu’il y a de faces.

Deux constatations peuvent être faites :
---- les produits proposés sont maintenant plus spécialisés dans le domaine de l’optique.

D’une accumulation de
binocles, lorgnons, lanstiers, bésicles, émergent quelques lanternes magiques, chambres obscures, fantasmagories très en vogue à cette époque. J’aurais honte d’oublier le monocle, cet aristocrate de la caste des aides à la vision. Rond, cranté sur son pourtour, il tient coincé dans l’orbite, devant l’œil. Simple, distingué, il était un signe extérieur d’intellectualité. Quand en plus, il s’appuyait légèrement sur sa canne, l’image d’un personnage de "haut-rang" prenait naissance. Un chercheur, érudit du Mans, porteur d’un monocle en 1960, le surnommait malicieusement : "ma devanture".
---- la durée de la présence au Mans de tous ces postulants à une reconnaissance de la spécificité de leur activité. Ils vont "coloniser" petit à petit le commerce local. Ils s'installent de manière précaire dans de modestes boutiques ou même chez des particuliers parfois pour quelques jours ou semaines seulement.

--
Notre
Roux-Foronde « opticien intermittent » annoncera son départ le 20 septembre 1810, en conséquence son magasin sera ouvert depuis 6h du matin jusqu’à 6h du soir pendant qu’il se loge chez M. Ducré au premier étage.
Sa présence au Mans n’est que de 15 jours seulement. Nous avons encore affaire à un marchand non sédentaire, qui n’est plus tout à fait un colporteur mais qui n’est plus un mercier. La possibilité de pouvoir vendre sans posséder son propre magasin perdurera encore pendant quelques années.

-- En 1811, arrive un Italien
Isella, qui vend et raccommode toutes sortes de baromètres et de lunettes ; mais lui aussi « fait des artifices de toutes espèces ». Il faut vraiment croire maintenant que ces opticiens sont des professionnels de la mise en scène et de l’éclat, mais il est vrai qu’ils sont originaires de la belle Italie ! Lui est logé à la Licorne place des halles où il fera sa résidence durant 9 mois et reviendra en novembre de la même année.

-- L’année 1812 voit la venue du sieur
Sourdat opticien de Paris. Qui a l’honneur de prévenir le public qu’il est arrivé en cette ville avec l’assortiment le plus complet en marchandises de son état, de première qualité, les personnes qui désireront s‘en procurer, trouveront dans son magasin toutes sortes de lunettes de tous les degrés de vue. Il est logé chez monsieur Bodereau, gantier près des halles au coin de la rue du Saumon au Mans.

--
M. Grocé Spinelli, opticien et physicien de Paris, adopte une situation moins glorieuse ou moins brillante. En 1818, il prévient le public de son arrivée et s’installe à côté de M. Pinaud-Briard épicier place des Halles, au Mans où il restera jusqu’au 1
er janvier. En novembre 1820, revenant de Nantes où il se dit "fournisseur de la marine", il annonce « qu’il est débalé en foire, près la baraque du décroteur (Littré : Celui qui fait métier de décrotter, de cirer les souliers et les bottes), avec l’assortiment complet de tout ce qui concerne l’optique, physique mathématique et astronomie ».
Ajoutons que les épiciers sont des références locales géographiques avec un parfum de science. Depuis 1664 ils avaient adopté, en effet, les statuts de la corporation des Apothicaires-Épiciers sous le patronage de saint Nicolas. Ainsi ce M. Lorier, épicier parfumeur, n° 21 rue Marchande
« étant sollicité de ses commettans dont leur dépôt lui est confié pour les découvertes utiles ; désirant les faire connaître plus amplement : annonce une pommade anti-ophtalmique de la veuve Farnier de Saint-André de Bordeaux » pour les maladies inflammatoires des yeux et paupières et fortifient en même temps les vues affaiblies ». Et d’ajouter que ce remède qui entraîne une guérison rapide « peut être employé pour les animaux ».

-- En juin 1821, le même
Spinelli revient au même endroit sur la foire, se nomme "fournisseur de la Marine à Nantes" et possède une des plus brillantes collections de lunetterie. Il ajoute qu’il est le seul fournisseur sur la foire des verres périscopiques et des verres bleu-céleste de l’ingénieur Chevallier, tous autres ne sont ni de la même qualité ni de la même fabrique.
En effet au mois de juin 1821, sous la rubrique Des Sciences et des Arts, annonce est faite dans les Affiches d’une invention de l’Ingénieur Opticien de S.A.S. Mre le Prince de Condé et Membre de la Société Royale Académique des Sciences de Paris. Il deviendra Membre correspondant de notre "Société Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe" dans la séance du 13 mai 1818.  Ce que recherchent ces personnages, ce sont des références comme nous le voyons dans la présentation de son livre, pour des lunettes servant les unes à lire et à écrire, les autres à voir de loin. Ces lunettes sont appelées Isocentriques : « la perfection de ces lunettes est due principalement à la confection des verres, qui, travaillés par un nouveau procédé, ne laissent rien à désirer tant par la bonté que pour le choix de la matière »

                  O 18 conservateur de la vue    
Livre de J.G.A. Chevallier, 1815
offert à la Société Royale des Arts de la Sarthe par l’auteur

Que proposait cet opticien aux solides références : « Opticien de S.A.R Monsieur Frère du Roi, de S.A.S Monseigneur le Prince de Condé, et Membre de la Société Royale Académique des Science de Paris, et Chevalier de l’Ordre Royal-Hospitalier-Militaire du Saint-Sépulcre de Jérusalem » ?... Tout simplement à la fin de son livre, un catalogue d’articles à vendre.  

Nous y trouvons des bésicles ou lunettes à mettre sur le nez, des lunettes à double foyer, des monocles, des binocles, des loupes, des verres de lunettes O 70 cadran horizontal chevalierde différentes puissances, des lunettes de spectacles, des longues vues, des télescopes, microscopes, verres et miroirs à grands foyers, chambres obscures, lanternes magiques et fantasmagories, gnomonique cadrans solaires, boussoles, méridiens à canons. Météorologie et aréométrie. Thermomètres, Baromètres, baromètres à cadran, électricité (machine à plateau) magnétisme, géométrie et astronomie.                              
                                                                   Cadran Chevallier →

Nous sommes arrivés dans les années 1820, l’éventail des produits proposés fait appel en général à la physique, les instruments énoncés sont des objets de précisions. Certains resteront jusqu’à notre époque et seront remplacés à l’avènement de l’électronique.
Des observations à la lecture de ce type de livre sont à noter. Si la propagation des découvertes se fait à partir de Paris vers la province, elle s’accompagne en même temps de propositions commerciales directes puisque ces opticiens fournissent également les différents articles. Il devient urgent que les opticiens locaux changent les méthodes empiriques de choix des verres de lunettes.

En attendant, notre illustre ingénieur opticien G.A Chevallier
(Le conservateur de la Vue, G.A Chevallier, édition de 1815, Bibliothèque Sciences et Arts) va nous aider pour le choix des verres, et la manière de lui commander la lunette, l’opticien ne confectionnant pas l’ensemble.
« Rien n’est plus aisé, au milieu d’un magasin bien assorti, que de choisir le foyer le plus convenable. Il est plus difficile de faire par écrit la demande des verres dont on a besoin. On pourra cependant annoncer à quelle distance de l’œil il faudra reculer le papier, pour lire le plus facilement possible, soit avec les yeux soit avec les lunettes, pourvu qu’on puisse compter sur le véritable foyer de celles-ci. Ces données suffiront au moins pour un premier choix approximatif ; et il ne faudrait plus qu’indiquer si les lunettes envoyées obligent à lire de trop loin ou de trop près pour mettre l’opticien à portée d’en choisir d’exactes. Il sera bon, dans ces indications, de désigner le livre sur lequel on se sera essayé à lire, en prenant des ouvrages connus, tels que l’Encyclopédie, le Voltaire de Beaumarchais, etc. ; envoyer un bout de fil dont on se sera servi pour déterminer la distance de l’œil au livre ».

Voici une méthode qui tient compte des individus, la détermination de la puissance du verre se faisant à partir d’éléments plus fiables et objectifs : la distance de lecture et la puissance de référence d’un verre employé comme modèle étalon.

Ajoutons l’introduction des lunettes à "double foyer à la Franklin" lesquelles permettront de réunir sur une même monture un verre de vision de loin et un verre de vision de près. Ces deux demi-verres seront sertis dans un drageoir qui les maintiendra en position.

   O 20 double foyersLunettes à double foyer                  

Il faut remarquer que la présence de l’oculiste n’apparaît pas encore dans le choix des verres, il n’est signalé que pour les affections médicales. On verra sur ce chapitre que les oculistes ne s’intéresseront au domaine du calcul des verres que beaucoup plus tard, et emploieront les mêmes méthodes que les opticiens pour la détermination de la puissance des verres.

La rubrique de la Mode de janvier 1826
Il faut bien parler de la mode qui s'introduit sournoisement dans cette profession. Si le port des lunettes peut être pour certains un signe de « la connaissance » ou « d’érudition », il induit aussi parfois l’image ingrate du vieillissement ! Pour la gente féminine particulièrement, le fait de porter des lunettes s’accompagne de facto de l’annonce d’une tare cachée pour les plus jeunes, ou d’une déchéance physique apparente à partir de la cinquantaine pour d’autres. Au Mans, dans les années 1820, le lorgnon participe (pour les hommes seulement) comme accessoire de la mode vestimentaire, et y entre discrètement attaché avec une chaîne d’or, ou souvent un simple ruban noir. (Affiches du 19 mai 1820). Par contre, la lorgnette fut très utilisée durant ces mêmes années, par les hommes et par les femmes, comme on pouvait le lire dans les Affiches du Mans :
« C’est une charmante invention que celle des lorgnettes. Elle favorise à la fois la curiosité, le maintien, l’amour propre même. Elle ajoute mille grâces au regard d’une jolie femme, et prête air observateur à la physionomie de ce jeune homme qui n’a jamais peut-être trouvé dans son propre jugement une observation sérieuse ou une remarque piquante ».

La galanterie du dernier siècle savait déjà tirer parti de ce joli bijou : nous en citerons pour exemple un madrigal adressé à une dame qui avait la manie de se servir continuellement d’une lorgnette :


« N’eussiez-vous pas la vue aussi belle que nette ;
De vous gronder encore on aurait le sujet ;

Quand vers soi l’on a l’art d’attirer chaque objet,

Doit-on se servir de lorgnette ? »

(Affiches du Mans 3 janvier 1826)

Mais l’homme en sera également un peu plus tard un utilisateur malicieux et sans état d’âme :
« Grâce à la lorgnette protectrice, l’œil jaloux d’un mari peut reconnaître de loin les rides saillantes et les cheveux argentés du courtisan qu’il a cru découvrir et ces insignes de la vieillesse ont rassuré son inquiète sollicitude. Mais bénie soit bien plus encore la lorgnette du timide adepte qui vient d’apercevoir, dans un réduit mystérieux, l’objet de ses tendres désirs ! »

Amusant babillage pour présenter "une aide à la vision".

Vers une sédentarisation au XIXe siècleO etui garibaldi
Ce va-et-vient permanent qu’exercent ces différents "opticiens" entre la capitale et le Mans, pour pouvoir pO lunettes pliantesrésenter des articles dits à la "Mode de Paris", scientifiquement éprouvés et connus d’un très grand nombre, va petit à petit s’estomper.

 Lunettes pliantes 

                      Étui en cuir repoussé du XIXe s. Photo Gilles Kervella  


Ces commerçants qui s’installent comme des "coucous" chez différentes personnes établies, tailleurs, horlogers, auberges, ou déballent uniquement les jours de foires, vont se sédentariser et ouvrir leur propre boutique :
-- Le sieur
Sourdat qui déballe en 1827 rue Saint-Dominique près le café de Foi, puis en 1828 au 9 de la rue Saint-Jacques à côté de la pharmacie de M. Etoc-Latouche, termine son commerce dans son magasin en face de la rue Royale place des Halles.

-- Martignoni opticien qui, dès octobre 1827, "déballe" dans la maison de Madame veuve Ducré, place des halles, revient en janvier 1830 avec sa femme cette fois où dans « le même magasin, madame, marchande de nouveautés, tient un assortiment de schalls longs, boiteux et carrés indiennes et mousselines, cravates noires et de fantaisie et mérinos ».
Mais en juillet 1830, Martignoni l’ainé, opticien, faisant les foires depuis plusieurs années, avantageusement connu, vient de fixer définitivement son domicile au Mans, rue Saint-Dominique, maison de M. Leffray, marchand tailleur. En mai 1831, Martignoni donne enseigne à son magasin « A la lunette d’Or » rue Saint-Dominique. Mais les changements s’accélèrent. En 1836 le magasin de M. Martignoni aîné, opticien au Mans ci-devant rue Saint-Dominique vient d’être transféré au 5, rue de l’Étoile, près le carrefour Saint-Nicolas.
--
Les Frères Roland annoncent qu'ils sont "opticiens-fabricants", brevetés S.G.D.G. de surcroît, qu'ils présentent de l'optique médicale et ont un grand choix d'yeux artificiels, de la lunetterie en tous genres, en or, argent, nickel, acier, écaille, buffle. De même, place Saint-Nicolas, Gautier horloger-opticien en 1883, venant de la rue Saint-Jacques, engendre une suite de successeurs au 5 de cette place. Le dernier opticien ayant exercé en ce lieu avait une carte de visite suffisamment révélatrice du cheminement observé dans l'évolution de ce métier.
O 11 carte nicier
O 25 publicite 1898Rue Dumas, place Thiers, avenue Leclerc, rue Nationale... les boutiques seront liées à un quartier en fonction des déplacements, des flux de passage des chalands, la proximité des banques, de la gare routière, de la gare du chemin de fer.

Très souvent, les lunettes sont vendues par des horlogers, des bijoutiers, des herboristes-bandagistes. La distinction entre ces différents commerces et le métier d'opticien n'est pas très bien définie et restera souvent vague dans les esprits, comme au temps des merciers. Il faudra attendre le début du XXe siècle pour assister à des organisations corporatives qui essaient de réglementer ces différents métO magasin moreliers à l'image de la procédure employée sous l'Ancien Régime. Plusieurs opticiens du Mans, dans les années 1930, s'intéressent également à la photographie et réservent une place dans leur échoppe à un rayon photo pour les développements et tirages des pellicules d'amateurs. La création en mai 1930 de l'Union Nationale des Syndicats d'Opticiens de France, regroupant les différentes prises de conscience régionales, permet à ses membres de se retrouver au sein de petites assemblées et d'entamer une réglementation de la profession.
 
                                                1930 : M. Morel en son magasin, 152, rue Nationale, Le Mans

Les positions géographiques des opticiens, dans la ville du Mans, deviennent vérifiables, il nous suffira de reprendre les "Annuaires de la Sarthe" pour récupérer un grand nombre d’indications.

Pendant de nombreuses années sous l’Ancien Régime le commerce se réalisait autour de deux pôles dominants. L’un étant constitué historiquement par le Vieux-Mans, l’autre par la place des Halles et sa concentration périphérique d’auberges et d’hôtels ainsi que des remises pour diligences et voitures de messageries. Ajoutons que sur cette place se déroulaient des grandes foires de huit jours, l’une à la Pentecôte, l’autre à la Toussaint. Les arrivées dans la ville du Mans des opticiens et des oculistes intermittents, coïncident avec l’installation de ces marchés. Leur logement provisoire était souvent celui de l’hôtel du Grand Dauphin, chez Madame Bonnouvrier, ou chez M. Ducré (« même maison que le bureau des diligences, au premier étage, en entrant dans la cour l’escalier est à droite »).
Les « tracés » de ce cheminement entre le Vieux-Mans et la place des Halles suivent une succession de rues attractives pour les activités commerciales. La rue des Petits-Ponts-Neufs, avec sa suite de boutiques ou d’échoppes : bijoutiers, imprimeurs, ébénistes, tailleurs, bottiers, modistes, représente une grande activité de petits commerces. Puis la rue du Grand-Pont-Neuf qui prolonge la précédente jusqu’au carrefour de la Sirène. La rue Saint-Dominique venant de la place des Jacobins, la rue Marchande, la place Saint-Nicolas, et la rue Saint-Jacques, pour arriver aux halles. Interviendront plus tard les modifications importantes du tissu central, avec la création du quartier de l’Étoile et l’ouverture de la rue du même nom (1812-1827), puis ensuite la percée de la rue Dumas (1840-1848), (Le Mans Révolution dans la Ville Alain Lorgeoux Joseph Guilleux. Éditions Bordessoules)

Situations non exhaustives des opticiens

A- Pontigia 1772, en faceO 21 plan M. d’Arcy
B
- Pampalier, 1786 rue Saint-Honoré

C
- Pampalier, 1797 à l’enseigne de l’Y rue du Grand-Pont-Neuf

D
- Danjou, 1799, 36 rue de Sarthe (Grande Rue)

E
- Danjou, 1801, 61 rue Marchande décembre 1801

F
- Loifielgoment, 1804, à la Bonne-Foi rue de la Perle

G
- Roux-Foronde,1810, chez M. Ducré maison des diligences

H
- Isella 1811  à la Licorne, hôtel place des Halles.

I- Spinelli 1818 place des halles, 1820 à côté du décrotteur

J- Sourdat 1827 près du café de Foi, puis 1828, 9 rue Saint-Jacques, en 1830 au-dessus de M
e Desgranges notaire
Martignoni 1827 et 1830, déballe Place des Halles chez Mme V
ve Ducré (au-dessus des diligences)
Jouvin-Drouet 1829, à la Gerbe d’or 14 rue de la Perle.

K- Martignoni, juillet 1830 au-dessus du magasin de tailleur de M. Leffray  rue Saint-Dominique, puis 1831 À la
Lunette d’or dans la même rue. En 1836 rue de l’Étoile.

Les premiers installés, de façon parfois précaire, vont pouvoir vendre leur magasin à un successeur qui exerce le même métier. On verra maintenant des opticiens ancrés rue de l’Étoile, où l’enseigne de Martignoni, A la lunette d’or sera reprise par Hugo. De même place Saint-Nicolas, rue Dumas, place Thiers, avenue Leclerc, rue Nationale… Les boutiques seront liées à un quartier en fonction des déplacements, des flux de passages des chalands, de la proximité des banques, de la gare routière, de la gare du chemin de fer.
Le nom de
Martignoni se retrouve en 1851 au 23 rue Dumas chez Deshayes-Martignoni, opticien. Puis en 1854 il disparaît pour laisser place à Deshayes seul. En 1852, Dessaine Charles est installé rue St Jacques au 18, il y est rejoint par Gautier Valentin horloger dès 1853.
Les relations entre les fabricants de lunettes, les grossistes et les opticiens seront entretenues par les « représentants », liens indispensables à la propagation des nouvelles techniques et de la mode. Dans les années 1930, ces représentants de fabriques, se déplaçaient avec une ou deux valises pleines des produits qu’ils avaient à vendre, et qu’ils laissaient sur place.

O 22 pince nezO 23 idemLes lunettes s’achetaient à la douzaine, parfois par grosse (12 douzaines). Fin XIXe, début XXe, les représentants qui ne passaient alors qu’une fois par an, prenaient des commandes d’une telle quantité. Il faut dire que les modèles de lunettes n’étaient pas très nombreux, que la mode n’avait pas encore pris place dans la panoplie des motifs des choix des modèles de lunettes. 

O 24 collection

 

 

Une collection de faces à mains,
lunettes du 19e ou 20e siècle
Collection Jean-Pierre Girard.




 

                                                     

 



La panoplie des produits mis en vente par les opticiens s’étend aux Graphomètres, Alidades, Boussoles, Déclinatoires, Compas, Niveaux d’eau et à bulle d’air et à généralement tout ce qui concerne l’arpentage et l’étude des mathématiques. (J’ai connu en 1960 encore, dans le magasin au 5 rue de l’Étoile, ce genre d’articles. De même les catalogues de la Société des Lunetiers proposaient des cadrans solaires).
Nous entrons maintenant dans la période où les boutiques d’optique, en dehors de la vente des lunettes, vont adjoindre le commerce des instruments de précision, plus spécialement ceux dérivés des mathématiques et de la physique. Ce qui conduira à considérer ce métier avec une certaine curiosité ou parfois un peu de mystère.
Plusieurs opticiens du Mans s’intéresseront également à l’avènement de la T.S.F et vendront les premiers postes de radio et les accessoires indispensables. De même, ils se lanceront plus tard dans la photographie et réserveront une place dans leur échoppe à un rayon photo pour les développements et tirages des pellicules d’amateurs.
La création en 1930 d’un syndicat, l’U.N.S.O.F regroupant les différentes prises de conscience régionales, permet aux opticiens de se retrouver au sein de petites assemblées et d’entamer une réglementation de la profession. Tout ceci conduira à la loi de 1944 où les personnes qui pratiquaient le métier depuis au O 26 opticien du xix emoins 2 ans, étaient reconnues comme ayant « droit d’exercer ».
Un amendement de 1952 étendait cette possibilité à ceux qui avaient 25 ans au moins à cette date et justifiaient d’un exercice du métier depuis 5 ans au minimum. De l'apprentissage effectué chez un "patron" aux écoles professionnelles ou à l'obtention d'un B.T.S., tels étaient les chemins empruntés ces dernières années pour devenir Opticien-Lunetier.
L’opticien du début du XIX
e siècle était un artisan-commerçant qui savait tailler et meuler des verres, proposer des lunettes selon des critères subjectifs aux clients. Les modèles de lunettes et de pince-nez étaient peu nombreux. Les questions de relations entre formes et visages n’existaient pas encore de façon aussi déterminante que de nos jours.

Des multiples facettes du métier d'opticien au Mans... du XVIIe au XXe s
Nous avons traité précédemment de l’introduction des lunettes au Mans et de l’implantation progressive des magasins d’optique. Dès l’origine de ces différents déplacements, l’analyse des marchandises transportées et présentées dans les villages et villes mettait en évidence une gamme d’objets plus ou moins liés à l’optique. Cette vieille tradition des gens qui passent et vendent un peu de tout, s’estompera petit à petit. Les nouvelles découvertes en physique, permettront à quelques colporteO 27 colporteur de barometreurs d’augmenter leur achalandage en matériel scientifique et d’en assurer la propagation par la commercialisation auprès des gens de province.

À partir de Louis XVI et de Dominique Cassini, fut décidée la construction d’instruments d’optique destinés à l’astronomie. De cette même époque fut créé également, par lettre patente, un corps "d’ingénieurs opticiens et constructeurs d’instruments de mathématiques", lequel permettra à certains membres de siéger au bureau de l’Institut. Mais ces ordonnances ne furent pas maintenues, car ces titres furent parfois usurpés par des marchands qui ne fabriquaient rien !
C’est en 1643, que Torricelli réalise l’expérience de la hauteur du mercure dans un tube, le poids du liquide compensant le poids de l’air. Notre infatigable Père Mersenne (né à Oizé Sarthe en 1588, mort à Paris en 1648), reçoit d’Italie, en 1644, une description de l’expérience et essaie de l‘exécuter, mais il échoue ne pouvant se procurer des tubes convenables. Il la communique à Blaise Pascal qui la concrétise en 1646.
                                                                                                                
Colporteur de baromètres

Dès la découverte de cette expérience, l’anglais Robert Hooke vers 1660, en effectue une O 29 dessin hookeapplication pratique qui ouvrira le champ à une lignée de jolis baromètres de salons.
Le tube lui-même est dissimulé derrière la face avant du cadran. Grâce à un mécanisme qui lui est adjoint, la variation verticale de la hauteur du mercure est mise en évidence par le déplacement circulaire d’une aiguille.

- un flotteur reposant sur le mercure suit les variations de son niveau

- ce flotteur qui monte et descend est attaché par un fil passant dans l’une des 2 gorges d’une poulie.

- cette dernière transmet le mouvement vertical du flotteur ; la deuxième reliée à un contrepoids réalise l’équilibre.

- au centre de la poulie est fixée une aiguille dont l’extrémité se déplace sur le cadran et indique la pression, donc le temps.

Dans son livre sur les baromètres, thermomètres et hygromètres, d’Alencé constate en 1698, les immenses progrès accomplis dans différents domaines et en particulier celui des sciences. Dans son "Avis au lecteur" l’auteur donne la tonalité avec des exemples qui corroborent les découvertes réalisées :
« On a fait plus de progrès depuis environ cinquante ans dans les artsO 30 alence et dans les fciences & particulièrement dans la Phisique & dans les Mathématiques, qu’on en avoit fait pendant plufieurs fiècles précédents ; et les Expériences qu’on a faites de nos jours, pour prouver les nouveaux fiftèmes qu’on a inventez ont beaucoup contribué à l’augmentation de nos connaiffances. Ce n’eft, par exemple, que depuis quelques années, qu’on commence à connaître les propriétés de l’air ; & on a péfentement plusieurs machines qui en rendent les raifons fi claires & fi palpables qu’il femble qu’il n’est plus permis d’en douter. »  

                                                                                         Gravure expérience selon d’Alencé  

 
Nous avons déjà exposé la progression et l’implantation des "opticiens" à partir des Affiches du Mans et ceci depuis une apparition furtive en mai 1773 en notre ville. Mais on constatera rapidement que la panoplie des marchandises proposées est de plus en plus vaste, alimentée par les différentes applications des récentes découvertes scientifiques. Notre premier vendeur à inaugurer le ‘genre’ est le sieur Pontigia 
« Lombard de nation, Marchand d’optique, de toutes sortes de pièces de physique & de toutes espèces de lunettes, demeurant au Mans depuis un an, fait et vend des baromètres de toutes qualités, les donne à l’essai, les raccommode. »

Il s’agit là pour nous au Mans, de l’un des premiers "colporteurs d’optique" qui sillonnent la France depuis plusieurs années et font halte dans les villes et les villages importants.  La fréquence des passages épisodiques de ces vendeurs s’intensifiera durant le XIX
e où l’on verra des balles de plus en plus importantes arriver au Mans, durant les foires annuelles, parfois sur les marchés ou dans les hôtels où ils descendent, à la Licorne où descend également le Sieur Isella, Italien qui fait et vend toutes sortes de baromètres, place des Halles.

Les baromètres
Notons dans l’inventaire de ces marchands, l’introduction maintenant fréquente d’articles qui avaient pris place à la fin du XVIIIe dans les ventes effectuées par les colporteurs, en particulier celles des baromètres. Le commerce de cet objet était assuré par des individus qui ne transportaient et ne vendaient que cet instrument. Il est facile d’imaginer les difficultés et les précautions engendrées avant de satisfaire un client : fragilité des tubes, précision dans la manipulation du mercure… Dans le classement des espèces de commerces de l’An 11
(ADSarthe 2 P 94), les marchands de baromètres sont classés selon qu’ils sont « colporteurs avec balle ou colporteur avec chevaux ou autres bêtes de somme ». Je pense que cette dernière rubrique correspondait mieux au mode de transport de tels objets.
Une réglementation de ces pratiques trouvera un cadre dans « L’ARRET DE LA COUR DE PARLEMENT » du 1erjuillet 1769 :
Qui fait défenfes à tous Colporteurs, Marchands de Parasols, Baromètres, & autres, de vendre & débiter aucunes Marchandises les jours de Foire, ailleurs que fur la Place des Halles du Mans, & de faire colporter dans ladite Ville & Faubourgs aucunes Marchandises ; Qui fait aussi défenfes à tous Cafetiers, Hôtelliers, Cabaretiers,& à tous autres habitants de ladite Ville & Faubourgs, notamment à ceux qui demeurent autour de la place des Halles, de recevoir chez eux aucunes Marchandises, si elles ne sont emballées & fous cordes ; de les laisser déballer, vendre & débiter chez eux, le tout à peine de confiscation desdites Marchandises & d’amende, tant contre les Marchands & Colporteurs, que contre les Particuliers, qui prêteront leurs Maisons pour y déballer.

Le XVIII
e siècle donne naissance au développement de cabinets privés richement pourvus d’instruments issus des dernières découvertes. Tandis qu’aux savoirs savants s’ajoutent les savoirs mondains, « il sera de bon ton » de suivre les réalisations nouvelles en particulier dans les Grandes Familles de châtelains, chez les aristocrates ou la bourgeoisie aisée. Après l’horloge mécanique qui supplante le cadran solaire dans l’organisation temporelle de la journée, le baromètre s’immisce dans les habitudes des connaissances acquises d’une prévision du temps. La Science triomphe, les salons s’emparent des découvertes grâce à la lecture d’ouvrages souvent inspirés des leçons de savants, comme l’Abbé Nollet (cf. les conférences de Jacques Favrot à la Société Sciences et Arts de la Sarthe), et proposent des expériences à réaliser.
Nous avions alors à lutter, en optique, avec la Grande-Bretagne, à la pointe des techniques dès le début du XVIII
e siècle. Notre Société Sciences et Arts possède en sa salle de réunion, une lunette de Dollond. On peut lire dans la communication que Jacques Béasse avait faite à notre Société : « John Dollond s’appuyant sur les travaux de Newton, présente en 1755 un brevet d’invention portant sur la suppression des aberrations chromatiques. Puis en 1758 une lunette astronomique achromatique à la Royal Society. Cet instrument se répand dans toute l’Europe et particulièrement dans tous les grands observatoires, sur les champs de bataille de Napoléon 1er ».
Philippe Bouton notre ancien président en avait d’ailleurs fait une petite étude historique, dont nous marquerons les points forts :

« Cette lunette appartenait au Comte de Valence, commandant de la garde nationale du Mans, colonel du Régiment des dragons de Chartres. Il avait acheté en tant que bien national le château des évêques du Mans à Yvré-l’Évêque. En 1793, ayant déserté, son château fut saisi et revendu avec son mobilier, dont la fameuse lunette. Elle fut achetée par le District du Mans ; placée sur la tour de la cathédrale, elle servit, le 10 décembre 1793, à surveiller l’avance de l’armée vendéenne. René-Anselme Négrier de la Crochardière, maire du Mans, en fit cadeau à la Société en 1812. En 1940 et pour toute la durée de la guerre, le président Delaunay la cacha derrière une rangée de livres. Depuis notre installation à la Médiathèque du Mans, elle est de nouveau dans notre salle de réunion
».

O 31 lunette dollond

Les Machinistes physiciens
Les « bateleurs de la science » sont ces professeurs ou démonstrateurs des sciences, propagateurs des idées nouvelles, inventeurs, fabricants, ou "savants bricoleurs" qui diffusent en même temps les nouvelles découvertes pour une société issue des Lumières.
Nous retrouvons l’un de ces personnages dans les Affiches du Mans (du 23 juin 1777), « le Sr Louis Damoreau de la Brière, Démonstateur de Phyfique Experimentale, Maître de mathématique, Elève de feu l’Abbé Nollet & affocié de la Société Royale d’Agriculture, fait fçavoir… ».
Si en 1762, après l’édit royal, les Jésuites quittent la Flèche, l’enseignement, particulièrement celui de la physique en est modifié. La direction de cette école a-t-elle fait appel à un démonstrateur de talent pour réaliser la mise en place du système complet de ce beau baromètre d’un château sarthois : tube, contrepoids, poulie, avec apport de mercure ?
Le décor bois doré étant en général fourni par des spécialistes du Marais de Paris ou par des colporteurs.

O 32 catanio machinisteLe cadran porte la signature de "Catanio Machiniste du Colège Royal de la Flèche". Le baromètre thermomètre en bois sculpté et doré, de forme violonée, présente un cadran circulaire à aiguille, marouflé d’une feuille de papier sur laquelle ont été inscrites à l’encre les indications de la variation du temps.

    Baromètre Catanio                             

La chose est claire, il y a pléthore en ce domaine de la vente des "produits scientifiques", rien qu’en évoquant les noms des opticiens (ou colporteurs-opticiens) qui se signalent par leurs publicités : en 1810 « Le sieur Roux-Fonronde, opticien de Paris, est arrivé en cette ville avec l’assortiment le plus complet en marchandises de son état, le tout en première qualité ». Le sieur Isella, Italien, fait, racommode et vend toutes sortes de baromètres et lunettes, miroirs étuis de mathématiques, en 1811 Il est logé à la Licorne place de halles où il fera sa résidence pendant 9 mois de l’année. Tout comme en 1812 « le sieur Sourdat Opticien de Paris a l’honneur de prévenir le public qu’il est arrivé en cette ville avec l’assortiment le plus complet en marchandises de son état, de première qualité, Baromètres, Thermomètres, et tous les articles de son état. »
À cette époque, l’affirmation de la capacité supérieure des opticiens parisiens, pouvait ainsi se focaliser aussitôt sur le colportage, afin de le combattre. Ce que ne manqua pas d’utiliser, l’opticien Chevallier, installé à Paris, en éditant un livre « Essai sur l’art de l’ingénieur en Ingénieur opticien. Instruments de physique expérimentale en verre » où il y développe ‘ses titres officiels’ qui doivent évidemment faire impression et même autorité. « Breveté du Roi et des Princes et Correspondant de plusieurs Sociétés Savantes. Mais ne dédaigne pas quand-même la vente par correspondance en joignant son tarif, lui aussi, évidemment au meilleur prix. Son jugement, également, au sujet du sérieux des colporteurs et particulièrement de ceux qui vendent des baromètres est sans appel : […] « De tels soins ne peuvent être pris que par des gens curieux de leur art et soigneux de leur réputation. On ne doit pas les exiger de cette foule de colporteurs plus pressés de vendre qu’inquiets de se faire une renommée ; et se serait même une injustice de leur en demander davantage pour le prix auquel ils livrent leur travail. »

Un opticien du XIXe
Héritiers des colporteurs qui se sédentarisent, les opticiens vont s’approprier certaines applications des découveO 34 baro martignoni 1rtes en physique et optique. Des ingénieurs opticiens (Ingénieur opticien : Marcellin Berthelot, dans La Grande Encyclopédie, attribue une place égale à l’ingénieur d’État et à l’ingénieur issu de l’Industrie), vont également se spécialiser dans la fabrication d’instruments scientifiques nouveaux qui complèteront le déjà large éventail de ceux proposés au XVIII
e siècle.
O 36 baro martignoni 3

O 35 baro martignoni 2

C’est ainsi qu’au Mans, "À la Lunette d’Or", M. Martignoni opticien essaie de se sédentariser de 1830 à 1836, et fait graver le cadran d’un joli ‘baromètre mercure’ en bois d’acajou incrusté de marqueteries. Ce baromètre fut réhabilité, système mercure et belle marqueterie mise en valeur, par A. Seuneau de la Maison Maiche.

O pub roland freres
Ce magasin va connaître une succession de propriétaires, avant l’arrivée des
Roland Frères (Opticiens-fabricants, brevetés S.G.D.G. 5 rue de l’Étoile en 1886).
En 1898 ces derniers feront insérer dans le Mans Illustré, une publicité dans laquelle sont proposés une suite d’objets issus de nouvelles découvertes scientifiques.

Nous sommes là dans la panoplie représentative de ce qu’un opticien pouvait proposer au début du XIXe siècle dans différentes régions de France. Une grande partie d’ailleurs de ces objets seront encore présents durant le XXe siècle, certains ne disparurent des échoppes qu’après la guerre de 39-45, mais quelques-uns seront encore présents en 1964 !



Nous suivrons la page de publicité de cette maison ; l’énoncé étant riche en propositions plus ou moins issues d’études scientifiques.



1… OPTIQUE MEDICALE - GRAND CHOIX D’YEUX ARTIFICIELS

Si la fabrication des yeux artificiels était déjà réalisée par les Égyptiens et employée pour la reconstitution de leurs momies, en France les premières descriptions de prothèses oculaires ont été faites par Ambroise Paré au XVI
e siècle. (cf. Martine Barilly-Leguy, "De la maison d'Adam et Ève à la bibliothèque de Sciences et Arts : être médecin à la Renaissance",  SASAS année 2016, p. 142)

                 O prothese a pareO 13 a pare

  


Quelle était réellement cette activité ? Avant 1815, selon l’opticien le Chevalier, M. Hazard-Mirault « avait déjà porté au plus haut degré de perfection la fabrication des yeux d’émail qui imitent les yeux humains dans l’état naturel ». Nous sommes au début des adaptations sérieuses grâce à M. Boissonneau, qui s’est vu confié en 1849 le service de la prothèse oculaiO 14 yeux prothesesre par l’Administration centrale des Hôpitaux de Paris. Le même avait d’ailleurs confectionné des boîtes avec un assortiment d’yeux O 15 yeux prtheses 2artificiels en verre de différentes formes et couleurs, dans lesquelles il était possible de trouver un œil susceptible de convenir à de bons résultats de confort et d’esthétisme. Je pense que cette maison du Mans possédait ce type de matériel quand elle énumérait l’ensemble de ce qu’elle proposait.

                

         Boîte d’yeux artificiels  (collection privée) 

 

O epoux assortis

Quand en 1823, Boilly produit une série de lithographies humoristiques intitulée ‘Les Grimaces’ on peut observer une "caricature" assez féroce « Les époux assortis ». La scène est cocasse, mais en général la série offerte par un fabricant de lunettes, tapissera discrètement les murs de « bureaux privés » des magasins d’optique….

   

Lithographie de Boilly 1823

 

L’opticien de cette époque, est l’annonciateur d’une profession commerciale, artisanale et scientifique dont les "habitudes" perdureront jusqu’à la moitié du XXe siècle. Cette adaptation de prothèses oculaires au Mans à partir de différentes prothèses en cristal, continuera jusqu’au XXe siècle (M. Bernard Maiche, opticien rue de l’Étoile au Mans adaptait encore en 1960 des prothèses oculaires, continuant la tradition de cette maison). Grâce aux boîtes-modèles héritées des différentes successions au sein de ce magasin de la rue de l’Étoile. Toute cette collection de prothèses permettant de choisir une préforme standard servant pour le moulage de la cavité. Des comparaisons avec les modèles de la boîte et l’œil encore existant, accompagnaient la composition et l’établissement : des couleurs de l’iris, de la sclère avec sa vascularisation plus ou moins prononcée, du diamètre moyen de la pupille, de l’encombrement de la prothèse devant combler l’excavation produite par l’ablation de l’œil… tout un art. Quant à la réalisation de la prothèse, elle était effectuée par un oculariste de Paris auquel les "modèles références" étaient envoyés par la poste, en petit paquet fragile.
Actuellement, des ocularistes se déplacent en province pour réaliser ces adaptations.

2… OPTIQUE
Jumelles, Longues-vues, Microscopes, Loupes, Lanternes de Projection, Vues. Ces objets sont connus, et les maigres illustrations que j’ai trouvées sont extraites du Larousse de 1928 !

3… FABRIQUE d’INSTRUMENTS DE PRECISION
De Géodésie, d’Arpentage et de Mathématiques
. Goniomètre, niveaux optiques, équerres d’arpenteur à prismes. Pochettes d’ingénieurs, Mires, Boussoles, Règles à calcul, Podomètres.
Je n’ai pas trouvé chez les antiquaires ou les brocanteurs, de tels objets fabriqués par la maison Roland Frères. Mais il y a là souvent d’ailleurs une confusion avec la possibilité pour l’opticien de faire graver son nom sur l’instrument lors de l’achat de l’objet chez le véritable réalisateur-fabricant. Ces derniers étant des mécaniciens de précisions, tourneurs sur métaux, cuivre ou laiton. La possibilité pour l’opticien de faire apparaître son nom sur l’objet lui était facturée, mais lui permettait de mettre en valeur ses compétences techniques. Plus tard cette forme de réclame sera exploitée par de nombreuses entreprises ou commerçants sous forme de publicités gratuites sur thermomètres et baromètres.

4… INSTRUMENTS DE PHYSIQUE ET DE CHIMIE
Le baromètre le plus répandu était le modèle vertical avec sa simple colonne de mercure apparente. Les variations de pressions s’appréciaient à l’aide d’un curseur se déplaçant sur une plaque en laiton graduée en millimètres de mercure.

   O 1 fortin

Un spécimen plus particulier : le baromètre de Fortin    O 44 fortin 2

                        

           


Le fond de la cuvette remplie de mercure, est constitué par une peau de chamois pouvant s’abaisser ou s’élever au moyen d’une vis de pression placée au-dessous. Ce qui permet d’obtenir un niveau constant dans la cuvette et de rendre l’instrument plus portatif.   

 

 

 


BAROMETRES Anéroïdes et divers

L’invention de Lucien Vidie en 1844 avec sa « capsule vide d’air » fut un très grand succès commercial qui était encore présenté dans les magasins au début du XXI
e siècle, avant d’être remplacé par les stations électroniques.O 45 mecanisme vidie
Une boîte métallique à fines parois dans laquelle le vide a été établi, subit la pression atmosphérique ambiante, s’aplatit ou se détend en fonction de la variation des pressions atmosphériques. De même le gros ressort A B plat qui maintient les parois, se comprime ou se détend en fonction de ces variations. Les changements du volume de la capsule sont amplifiés et transmis à partir d’un levier T, en T1 et T2, puis à l’aide d’une chaînette C enroulée autour d’un axe accompagné d’une aiguille, se déplaçant sur un cadran gradué. Un ressort en spiral S à la base de l’axe permettant d’établir un équilibre. Le fait de frapper légèrement sur le baromètre permettant de "détendre" la chaînette et de mettre l’ensemble du système en "équilibre".

Ce mécanisme, avec "sa boîte", permettait de produire des objets plus petits et de donner libre-cours à des présentations décoratives. Le « mouvement » étant incorporé dans des décors en bois sculptés de styles Henri II, Forêt Noire, ou dans du bois acajou de forme rectangulaire et d’un aspect plus sobre. Qui ne se souvient encore de ces baromètres où nos parents ou grands-parents, presque chaque jour, tapotaient sur le verre pour voir l’aiguille bouger ? Il monte ou il descend… oracle des jours à venir, source d’éventuelles décisions pour les activités.

Baromètres mercure à cadran
La réparation des baromètres à cadran du type Hooke, ne s’effectuait pas chez tous les opticiens. Cette spécialité dans la remise en état « des baromètres mercure anciens » suivait ainsi une grande tradition en ce domaine, elle était encore présente en 1994 dans ce magasin, dont la restauration des baromètres anciens à mercure était une spécialité.

Une des opérations de réhabilitation

          O 48 baro mercure a cadran                 O 49O 51O 52 barometre maiche

Les frontons sont plus "ouvragés" et mis en valeur par de nombreux décors, en bois sculptés ou en stuc, dorés à la feuille. Les motifs en sont plus ou moins variés : globe terrestre au centre accompagné de gerbes de feuillages et de petites fleurs stylisées. Têtes de colombes, aigle impérial avec rubans ou motifs rocaille. Les aspects du cadre en sont multiples : rectangulaire, octogonale, losange, ronde, en forme de lyre. Les styles varient avec les époques.O 50 le cadran
Le cadran lui-même est le plus souvent blanc, peint sur bois, rehaussé quelques fois par un entourage bleu-Nattier ou réalisé à la plume sur un papier marouflé. Concentriquement au centre et autour de l’aiguille se développent les valeurs des pressions obtenues : depuis la TEMPETE (27 pouces) jusqu’à TRES-SEC (29 pouces) en passant par VARIABLE (28 pouces).
Ces cadrans ainsi confectionnés peuvent laisser place parfois (période Restauration), à une table de lecture sur un verre églomisé. Technique employée au XVIII
e par Jean-Baptiste Glomy, encadreur parisien. Ce procédé continua à connaître le succès dans les siècles suivants, en particulier à la période de l’Art déco.

Matériel nécessaire à quelques remises en état

Remplissage d’un tube… planche  striée pour "vibrer" le tube (éliminer les bulles d’air), pot avec mercure,entonnoir, fil et poulie en os avec deux gorges, contrepoids, aiguilles.

    O materie necessaire a la remise en etat O 53 materiel reparation             O 55 materiel

                                           O 56 thermo

Au-dessus du cadran ou sur le cadran lui-même, se place un thermomètre à alcool "Selon Réaumur" dont les formes des réservoirs et de tubes peuvent être assez variées. À l’échelle des températures sont associés quelques chiffres de températures remarquables connues, et qui deviennent des curiosités.

 Ainsi l’on pourra voir qu’à Paris en 1753 il y faisait 30°05 ; que les Bains ordinaires se prennent à 26°, les Serres chaudes sont à 15°, les Orangers se conservent à 6° ; mais aussi que la Glace se produit à 0° ! ; Paris encore subit une froidure de -10°05 en 1740, de -12° en 1754 ou de -15° en 1709. Références intéressantes pour cette époque qui ne connaissait pas encore les relevés des températures transmises par le télégraphe.           

… ET DIVERS
Nous entrons maintenant dans la catégorie très hétéroclite des : Thermomètres, Thermo-médicaux, Thermométrographe, [Thermographe ou thermomètre enregistreur (Larousse 1928) ou Thermomètre marin qui sert à déterminer la température de la mer, à différentes profondeurs selon Littré], Aéromètres, Pèse-Liqueurs, Alambics, Liquomètres, Pèse-vins. Objets fragiles qui demandent un stockage organisé mais encombrant.

Il n’est pas nécessaire de refaire une étude de chaque article proposé Mais reprenons des objets particuliers qui incitaient les clients à venir chez l’opticien, "garant d’une image de précision", à cette époque qui s’ouvre sur la vulgarisation scientifique.

Nous pourrons exploiter le catalogue d’un fabricant très connu dans l'instrumentation de précision appliquée dans des domaines très variés : œnologie, spiritueux, distillerie, vinaigrerie, pharmacologie depuis 1855 :
la Maison Dujardin-Salleron à Noizay, Indre et Loire, Verrerie Dumas. Je remercie l’aimable accueil de cette entreprise qui a mis ses archives à ma disposition.

P1030041 

Laboratoires Dujardin-Salleron

Les thermomètres 
Pour les particuliers qui voulaient connaître la température dans une pièce de la maison, l’appréciation de son indication était bien évidemment suffisante. Le liquide rouge ou bleu contenu dans de nombreux thermomètres étant le plus souvent de l'alcool (ou d'autres liquides organiques comme du toluène ou du kérosène) auquel on a ajouté un colorant rouge ou bleu pour le rendre visible, et en faciliter la lecture.

Certains métiers avaient besoin de disposer d’instruments de références : chauffagistes, agriculteurs, arboriculteurs. Pour certifier de la véracité des résultats obtenus et pour couper court à certaines interprétations, les laboratoires réalisaient des thermomètres à mercure contrôlés par les Arts et Métiers, et gravaient le numéro de certification sur la tige même du O 58 thermo mercure controlethermomètre.O 59 controle    

 

Contrôle par le laboratoire des Arts et Métiers 


 

La révolution industrielle exige de plus en plus de précision ! 

  O 60 pagoscope

 

Tout comme cet instrument qui était encore présent en 1964 : le Pagoscope pouvant intéresser les maraîchers, arboriculteurs, ou horticulteurs… Objet d’aspect curieux comprenant deux thermomètres fixés à un bâti en fonte, le thermo B (à droite) dont la partie inférieure renferme un petit réservoir qu’on remplit d’eau non calcaire (eau de pluie ou mieux de l’eau qu’on fait bouillir puis qu’on laisse refroidir) ; une mèche de coton conduit par capillarité l’eau à une mousseline enveloppant la boule du thermomètre.

On lit ensuite le thermomètre sec A, puis on cherche le degré indiqué sur une des lignes horizontales, qu’on suit alors jusqu’à son intersection avec l’aiguille si le point d’intersection se trouve dans la partie du tableau peinte en vert à droite, il n’y a aucun danger de gelée ; s’il se trouve, au contraire, dans la zone peinte en rouge, la gelée est à craindre pour la nuit ou pour le matin suivant ; enfin le constructeur a réservé une zone peinte en jaune qui indique qu’il y a possibilité de gelée. L’appareil se fixe contre un piquet à 60 centimètres environ au-dessus du sol ; de préférence il faut le placer au nord et à l’ombre.

 

 

Certains avaient d’étranges protections comme les thermomètres grillagés pour confiseurs, un écrin de petit nécessaire alcoométrique, ou un nécessaire pour les batteries automobiles avec pèse-acide.

O 61 thermometres speciaux

      

O 62 ecrin alcoometrique de pocheO 63 pese acide pour les batteries

                                                   



 

 

 

Aéromètres
Dans notre région, et avant la constitution des « Organisations Agricoles », l’opticien était encore un fournisseur reconnu et spécialisé dans le domaine de certaines activités agricoles.
Le pèse cidre était un aéromètre très important par son usage annuel, son commerce s’établissait rituellement après la récolte des pommes. Le cultivateur faisant son cidre selon la tradition familiale, en respectant plus ou moins les graduations de l’instrument, cette dernière allant de 1000 à 1100. À 1020 le cidre est dit demi-sec, à 1015 c’est un cidre sec, plus la mesure est élevée plus le cidre est doux. Certains agriculteurs invoquant l’influence de la lune pour la mise en bouteille, en fonction des phases, décroissante, pleine lune ou nouvelle lune ! Quand mettre en bouteilles… ?
Nous sommes à la fin du XIX
e siècle, l’opticien est encore le commerçant ‘référence’ en ce qui concerne la vente des objets scientifiques de précisions. Et c’est ainsi que certains membres de la profession se lanceront dans des domaines particuliers comme la photographie et l’électricité.
La Maison Roland Frères s’engagera dans ces nouveaux domaines liés aux récentes découvertes. Je ne peux évaluer l’activité réelle de ce commerce à cette période en ce magasin et me bornerai à l’énoncé des propositions :

PHOTOGRAPHIE
Appareils, Objectifs, Fournitures générales.
Nous sommes en 1898 la maison Roland vend-t-elle des Daguerréotypes ou déjà des appareils pliants à soufflet comme le Folding Pocket Kodak utilisant un négatif de format 57 x 82 mm ? Ou bien encore des chambres photographiques « Grand format » qui nécessitent la vente d’objectifs particuliers comme spécifiés sur la publicité ?O 65 folding

                                    O 64 chambre photo      

  Chambre photographique                                                               

 

                                                                                   Folding

   

 

Nous avons "nettoyé" en 1965 cette partie photographique, non compatible avec la nouvelle orientation technique du magasin qui voulait se consacrer uniquement à la lunetterie médicale : montures et verres. Le laboratoire et la chambre noire trouvèrent une autre destination, hors du magasin. L’agrandisseur, et ses accessoires, cuvettes pour le développement pinces… papiers-photos, massicot ; ainsi que tout le matériel nécessaire aux photographes amateurs furent ainsi dispersés.

5… ELECTRICITE
Téléphones, Appareils, Piles, Sonneries, Bobines de Rumhkorff, Moteurs, Fournitures, Allumoirs, Petites Machines à vapeur.
En 1898 l’opticien Roland vend des téléphones, Appareils, Piles, Bobines de Rumhkorff…

Je retrouve dans ma recherche sur les objets qui composent les différents éléments de cette publicité : les téléphones de Louis Maiche… J’avais déjà côtoyé ce patronyme durant mes investigations aux Archives Municipales de la ville du Mans au sujet de la pile électrique employée dans les bureaux du télégraphe. Mais il s’agissait là maintenant d’une proposition faite à la ville pour la création d’un réseau téléphonique. Je ne pouvais d’ailleurs vouloir généalogiquement rapprocher d’emblée M. Louis Maiche fabricant de téléphone en 1880 avec M. Jules Maiche futur propriétaire du magasin d’Optique 5 rue de l’Étoile en… 1934 !

De quel du type d’appareil parlait-on, quand M. Chappée demande l’établissement d’une ligne entre le Mans et Antoigné ?
« Parmi les expériences les plus intéressantes qui ont eu lieu sur l’électrophone, nous citerons l’essai qui a été fait entre la Chambre des députés et le Sénat ; un autre entre le Bureau central des lignes télégraphiques de Paris et celui de Versailles. Deux autres postes sont établis dans les conditions les moins favorables qui puissent se présenter, sans que le résultat en soit influencé en quoi que ce soit. L’un relie les forges d’Antoigné (Sarthe) à la gare de Monbizot ; l’autre, partant également des forges d’Antoigné, relie cet établissement avec les bureaux de M. Chappée, leur propriétaire, situés au Mans, à une distance de 28 km environ. Le fil est disposé sur les poteaux ordinaires qui supportent les fils de l’État et ceux de la Compagnie du chemin de fer de l’Ouest. Le voisinage de ces fils n’a rien de nuisible ; le retour se fait par la terre comme dans les installations télégraphiques ordinaires »
.
(Article paru dans la Revue l’Electricité N° 19, du 5 octobre 1880)

 Électrophone de Louis Maiche        O 67 bobineO 66 electrophone louis maiche

Quant à la bobine de Ruhmkorff, l’orthographe seule permet déjà de ne pas l’oublier.

À partir d'une source de courant continu ce générateur électrique (bobine d’induction) permet d'obtenir des tensions très élevées d'une source de courants à très haute tension. Le courant d'induction donne naissance à une force électromotrice de forte intensité, nécessaire à l’électrophone de M. Maiche qui nomme ainsi... son téléphone.


Phonographes, Graphophones parlants et enregistrants
Cinématographes, pour vues animées

  O 68 graphophone columbia
On ne peut que constater la volonté commerciale affichée par cette maison Roland Frères qui propose dès 1898 les applications des récentes découvertes dans les domaines du son et de l’image. Phonographes, Graphophones, Cinématographes, pour vues animées. Phonographes (1877), Graphophones marque déposée de la Volta Graphophone Company (1887). Les phonographes utilisent des cylindres, les Graphophones des disques.

                                                

The Columbia Graphophone Collection          

                                                              

 

 

 

 

Je ne commenterai pas la proposition TUBES EN CRISTAL RECUIT POUR MACHINES A VAPEUR, il s’agit là d’un verre creux, très fragile et difficile à stocker ! Mais notre opticien vend déjà des petites machines à vapeur !

Compteurs d’unités à l’usage d’experts-géomètre, d'ingénieurs
– Prix 10 francs.

À l’Exposition industrielle de la Sarthe en 1857,
Jules Gourdin avait déjà présenté, en plus de ses horloges, un compteur et des tournebroches.
Nous trouvons chez les
Roland frères Opticien le Mans, 5 rue de l’Étoile, une facture du 20 octobre 1893 de 891.85 frs de la Manufacture d’Horlogerie Victor Reclus de Paris. Elle concernait la fourniture de 36+42+65+60, soit 203 compteurs expédiés, entre début septembre et fin octobre 1893 !
(Victor Reclus 114 rue de Turenne Paris. M. Marcel Daguin). La demande de cet objet était donc importante et ne devait pas être liée uniquement aux professions évoquées.

Des comparaisons entre publicités
Nous avons vu dans la première publicité de 1898 extraite de le Mans Illustré, l’éventail des catégories d’objets proposés. Il est évident que nous nous éloignons de la ’balle’ du colporteur, que nous évoquions précedemment. L’opticien ‘vagabond’ maintenant devient présent en son magasin de manière permanante. Désireux de fidéliser sa clientèle, il fait face maintenant à ‘la concurrence’,  depuis  1888, en effet, ils sont deux opticiens installés définitivement en un lieu précis. Ainsi la Maison Rolland  doit se démarquer et présenter des articles accrocheurs comme commençaient à le faire au Mans ces opticiens itinérents venant de Paris au moment des foires.
Si nous assistons à la montée en puissance du magasin d’optique ancré dans  la ville, nous allons constater  également  la disparition progressive du colporteur traditionnel. Les fabricants des produits proposés vont vouloir maintenant faire connaître leurs productions eux-mêmes avec les commis-voyageurs puis plus tard les représentants.

La publicité publiée dans l’Indicateur d’Adresses de la Ville du Mans en 1906 nous précise que la maison Roland s‘intéressera à l’Exécution d’Ordonnances de MM. Les Oculistes. Là aussi il faut noter l’évolution rapide de cette profession.
Des termes changeront pour certains objets : Graphophones deviennent Gramophones, et les Phonographes sont précisés Edison, Colombia Pathé. Depuis 21 francs.
GRAND CHOIX DE CYLINDRES ET DISQUES, accompagnent ces derniers matériels.

Cette recherche sur la profession d’opticien au Mans, nous a permis d’évoquer ses différentes orientations selon les époques parcourues, et d’assister au développement d’un commerce lié aux sciences.
Je n’oserai compléter cette étude au-delà du XX
e siècle afin d’analyser le XXIe siècle. Cette profession ayant subi des transformations considérables, tant sur le plan technique que sur les pratiques commerciales. J’ai seulement essayé "de vous parler d’un temps"… qui reste dans ma mémoire.
 

 

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Date de dernière mise à jour : 01/05/2020