Le Mans-Abbaye de La Couture

La réhabilitation du cadran de la Couture, extraits de « Maine Découvertes N°80 Avril-Mai 2014 »

Il sera bon de donner du temps au temps, selon Miguel de Cervantes (Don Quichotte, II » 1615), mais un jour…
Le Temps n’efface pas toute chose

Après la remise en état d’une quinzaine de cadrans réalisée par notre "Association Tempora72", la dégradation rapide du cadran de l’Abbaye de la Couture à partir de 2007 nous obligeait à intervenir. Nous l’avions vu déjà, dans la même revue de juin-juillet-août 2011. Après la reconstruction des bâtiments conventuels au XVIIIe siècle, les bénédictins introduisent un cadran solaire dans leur couvent de La Couture. Il faut dire qu’ils ont très souvent la présence au Mans, à l’abbaye Saint-Vincent, d'un spécialiste connu et reconnu en France, en la personne de Dom Bedos de Celles. Ce bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, faisait autorité dans les domaines de la gnomonique et de celui du facteur d’orgues.
C'est au-dessus de la galerie nord, sur un contrefort de l'Abbatiale, que fut établi un Cadran solaire, en 1777.

Rh lc eglises cadran
Une première restauration avait déjà été réalisée en 1984 grâce à l’intervention de M. Étienne Bouton, prenant comme références les relevés in sitù des traces encore visibles, les lignes horaires, les cadres de pourtours, et de tout ce qui pouvait encore être exploitable. En s’inspirant également d’une photo ancienne, malheureusement en noir et blanc, il réalisa le cadran de 1984, sobre et agréable à l’œil.
Mais les années estompent souvent les « visages », et notre brave cadran en perdit même ce pour lequel il avait été établi : indiquer l’heure. Successivement disparurent les lignes des heures, des ½ heures… pour ne laisser en pénitence que la ligne de 10 H 1/2. On se devait d’avoir pitié, IL devait être sauvé !
En novembre 2007 une première démarche avait été entreprise auprès dRh lc bureau bedose la mairie du Mans, propriétaire de cet édifice. Madame Sylvie Granger, Maîtresse de conférences en Histoire Moderne à l'Université du Maine, qui était alors déléguée au patrimoine au sein du conseil municipal, participa à la constitution d’un dossier. Le dessin d’alors s’inspirait largement de celui de Dom Bedos pour l’Abbaye de Saint-Denis de 1765. Mais cette perspective de mise en place n’eut pas de suite.

Il fallut attendre septembre 2011 pour que le sujet de la réhabilitation soit remis à l’ordre du jour. Une délégation de gnomonistes, scientifiques d’universités américaines et gnomonistes anglais, étant venus visiter, en Touraine et dans la Sarthe, les sites d’implantations de cadrans solaires, une réception fut organisée en son honneur. Au cours du traditionnel vin d’honneur à la mairie du Mans, je demandais à M. le maire, M. J.C. Boulard, la suite qu’il entendait donner au projet que je lui avais soumis quatre ans auparavant. La réponse me fut agréable « vous représenterez un dossier auprès de mes services »... Il me fallait reprendre le dossier au complet, car, depuis 2007, le projet du dessin lui-même ne me semblait pas être réaliste. Suivre Dom Bedos avec le dessin du cadran qu’il avait réalisé pour l’abbaye de Saint-Denis était une mauvaise idée. En plus, je n’avais aucune preuve d’une telle réalisation. Les traces anciennes sur les photos de 1962 et celles d’avant 1984 ne m’incitaient pas réellement à poursuivre cette voie. Dans le stock des photos que nous possédions, réalisées il y a une vingtaine d’années, les deux cadrans du village de Villedieu-le-Château retinrent notre attention. Nous décidions, avec Gérard Bouvet, de nous inspirer de ces cadrans qui semblaient être dans l’esprit de Bedos. En plus, ils étaient établis sur les murs d’une maison au sein d’un ancien prieuré bénédictin et portaient la date de 1784.

Naissance d’un projet de réhabilitation de la Couture : le 26-11-2012
Ce dossier rassemble les pièces du premier projet conservées au Service Architecture et Patrimoine Bâti de la Ville du Mans. Nous y ajoutons le dessin en couleurs de l’éventuel nouveau cadran.

Ce chemin commence avec une lettre à Monsieur Nicolas Gautier, Architecte des Bâtiments de France, pour lui soumettre un nouveau dossier. Le changement d’orientation depuis 2007 m’ayant permis d’approfondir l’étude avec l’aide de notre ancien Président de la Commission des cadrans solaires de la Société Astronomique de France, Monsieur Denis Savoie, et celle du Président actuel Monsieur Philippe Sauvageot, nous pensions alors qu’il serait préférable de réhabiliter le cadran de La Couture selon l’esprit des différentes propositions effectuées par Dom Bedos dans ses éditions successives. Avait-il prévu une courbe Méridienne de temps moyen
? Nous nous proposons de la faire apparaître sur le cadran futur.

L’approche, proposée à partir des photos prises à Villedieu-le-Château, quant aux cadres et aux couleurs, pouvant être une base de départ pour l’étude de la réhabilitation. Sur les conseils de M. Nicolas Gautier, nous demandons à l’atelier Sineux Frères, peintre décorateur, de nous établir un nouveau devis.

Constitution d’un dossier principal
Avec les photos significatives accompagnant une telle démarche
;Rh lc bureau efface

Rh lc 2La première datant de 1984, avant la dernière restauration ne permet pas d’extrapoler vers un éventail d’interprétations de couleurs.
Mais elle est… et le cadran continue à "vivre".

  La deuxième est celle du cadran restauré en 1984. La simplicité de l’ensemble est conforme à l’allure générale reconnue sur la photo précédente.


Mais cet aspect s’éteindra petit à petit depuis 1995, pour nettement s’accélérer entre 2005 et 2011 où seules apparaissent encore les parties gravées.

Proposition d’un nouveau cadran

Rh lc 4  Rh lc 5Cadran de Villedieu-le-Château (Loir et Cher)

Les couleurs des moulures des cadres sont prises comme références avant la mise en place d’un éventuel nouveau décor.

 

 

 

Rh lc 6L’ensemble du dossier est étudié par Monsieur Nicolas Gautier, Architecte des Bâtiments de France, qui le transmettra, avec « avis favorable », à la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Grâce à la coordination effectuée par M. Etoubleau du Service Architecture et Patrimoine Bâti Ville du Mans, un plan d’action peut être envisagé entre les services de la Mairie, des Bâtiments de France, et l’entreprise Pavy.  Un échafaudage est mis en place début juillet.
Une première réunion est fixée le 24 juillet 2013 au sommet de l’échafaudage où sont présents Mrs Denis Savoie, Gérard Bouvet, Jean-François Sineux, Gérôme Hardouin.

Les difficultés de la réhabilitation purement gnomonique sont tout de suite évoquées, car si la déclinaison trouvée est exacte, le style ou la soustylaire sont faux (ou les deux), et ceci peut-être, selon M. Savoie depuis l’origine de la confection de 1777. Des doutes sont exprimés par G. Bouvet sur ce même sujet. Une recherche doit être entreprise avant tout traçage pour préciser la déclinaison du support, le cadran devant être piqueté la semaine suivant cette réunion.                

Les premières difficultés prévues, mais qui doivent être corrigées.
Le gros problème rencontré est l’alignement des points
C.A.S.  De la partie comprise entre le point S (sommet de la pointe du style), et le cercle support A, (lequel étant légèrement cambré). Puis de la tige AC depuis le cercle jusqu’au centre du cadran CRh lc 7

Nous avons redressé l’alignement des trois points S, A, C ; modifiés en 1 et 2 les scellements du style.  Mais il nous fut impossible de déposer complètement tout cet ensemble, le travail demandé au métallier, l’immobilisation de l’échafaudage et les coûts engendrés étant au-dessus de nos possibilités financières.

Il y aura donc, en fonction de la déformation constatée seulement entre le cercle 4 A et le point C, une légère cassure sur la ligne des heures   Le cadran était donc faux, avec ces modifications il sera plus acceptable. Mais la position du trou de l’œilleton sera exploitable pour la méridienne de Temps moyen. 

Le soleil doré est descendu pour remise en état. Les parties oxydées seront nettoyées, traitées avec un anti oxydant et redorée à la peinture.Rh lc 8 Nous n’avions pas les finances pour le refaire entièrement à la feuille d’or. Mais nous prolongeons l’existence de la couche avec une "peinture à l’or", de même composition que celle appliquée précédemment.

Nous pouvons maintenant envisager la confection des différents éléments du dessin
Il n’est pas question de refaire un dessin comme je le faisais il y a une trentaine d’années, dommage. L’apparition progressive de l’horloge solaire sur la planche était une grande satisfaction et donnait déjà une première dimension au temps. Il faut bien l’avouer parfois l’exactitude de la main et du trait n’étaient pas toujours de connivence, et cette méthode de création devenait "ringarde" pour les adeptes de l’informatique et de ses logiciels.
Les temps changent, mais nous nous adaptons…

Les angles horaires et leurs positions dans le cadre du cadran
Cette investigation est effectuée par Gérard Bouvet, avec le calcul des angles grâce au logiciel Blateyron, les résultats  sont introduits dans un logiciel de dessin de D. A. O.
À l’aide du logiciel GraphicWorks, le cadran solaire est dessiné à l’échelle avec tous les détails. Cadre et inscriptions puis lignes horaires sont importés et positionnés précisément sur la table. Pour ne pas faire d’erreur un plan est réalisé avec les cotations pour chaque type de lignes : un pour les lignes des heures, un pour les demi-heures et un pour les quart-d ‘heures.

Ce logiciel réalise un dessin qui s’exporte au format DXF et est récupérable par la plupart des logiciels
Rh lc dessin 1
Les calculs et dessins de la Méridienne.


Nous avons utilisé parallèlement :

- le
logiciel Blateyron par M. Bouvet pour le dessin de la courbe qui est imprimé sur des feuilles assemblées précisément. Ensuite la courbe est décalquée sur une feuille de Gabarex, feuille de plastique rigide et semi-transparente.
Dans l’esprit de ce que préconisait Dom Bedos dans ses ouvrages :
« On fera bien pour la pratique de tracer la Méridienne deRh lc 12 temps moyen sur un papier dans toute sa grandeur. Pour cela on en collera ensemble plusieurs feuilles. On tracera au milieu une ligne droite suffisamment prolongée, qui représentera la Méridienne du temps vrai. Pour cela on collera ensemble bout à bout du plus grand et du plus fort, qu’on étendra sur un parquet. On tirera au milieu une ligne droite suffisamment prolongée qui représentera la Méridienne du temps vrai. […] On trace la méridienne de temps moyen sur ce grand papier ». 
Rh lc 13

Avec le solarium dRh lc 14e P.J. Dallet, j’ai positionné le premier jour de chaque mois. Ces points de repères seront d’ailleurs percés dans l’enduit pour bien en garder les traces, en pensant aux générations futures au cas où ils auraient de nouveau besoin de connaissance et de prières...

 

Le Temps était passé

Réalisation de l'enduit
Les traçages
Nous commençons les gravures de ce cadran par
les lignes de pourtour. Elles nous permettront de positionner en abscisses et en ordonnées les lignes horaires issues du centre, puis la ligne verticale de Midi.
Nous introduisons ensuite le calque représentant la méridienne, dont le dessin a été réalisé par Gérard Bouvet à l’aide de son logiciel, mais en restant toujours dans l’esprit de ce qu’indiquait Dom Bedos :

« Avec la pointe d’un canif (ou autre) on découpe la ligne à jour en faisant une fente de la largeur d’une demi-ligne, pour que la pointe d’une mine de crayon puisse passer à travers. En y laissant de distance en distance de petits espaces sans être découpés, afin que le papier puisse se soutenir. On fera une petite ouverture à chaque endroit où il faut poser la première lettre du nom de chaque mois : on fera d’espace en espace des trous de trois ou quatre lignes en quarré le long de la Méridienne de temps vrai. […] On applique ensuite l’ensemble sur le mur en faisant coïncider les lignes de la Méridienne de temps vrai tracée sur le papier avec celle du mur. […] Le papier étant bien fixé sur le mur, on passera le crayon à travers la découpure de la courbe de temps moyen. On marquera aussi un petit trait qui désignera le commencement de chaque mois à travers les trous que l’on avait fait pour cela. »
Rh lc 16
Nous perçons dans l’enduit à travers le calque
les repères du premier jour de chaque mois. Nous positionnons avec précision le dessin de la courbe en 8 en pointant régulièrement son tracé avec un outil pointu, (comme avec un poncif).
Ensuite sont exécutées les gravures des différentes
lignes horaires, limitées au cadre et à la courbe du croissant. Rh lc 17
Grâce à un ensoleillement permanent, des contrôles sont effectués avec les ombres solaires, in sitù durant 3 journées. Résultats assez fiables à + ou - 1 minute, pour les 1/2, 1/4, 3/4 et heures. 

Mise en place des couleurs
Cette dernière phase de la rénovation, est agréablement effectuée par Jean-François Sineux

En commençant d’abord par la table du cadran :
« il convient que ce foit un bleu clair, de la même couleur que le ciel, dont le cadran est la représentation ». (selon dom Bedos)
Les lignes hoRh lc 18raires de ce cadran seront de teinte Noir de vigne. Les ½ h terminées par une flèche et les ¼ h agrémentés d’un trèfle ocre jaune.

Quant aux chiffres de couleur Noir de vigne, 
« Il convient de dire ici que la meilleure proportion pour ces chiffres horaires, qu'on fait le plus ordinairement Romains, eft de leur donner le double plus de hauteur que de largeur, on les dessinera au crayon, leur donnant une grandeur & un corps suffifant, felon l'élévation où fe trouve le cadran ».

Notre croissant, qui procède d’une étude de couleurs de M. Nicolas Gautier, est d’un dégradé d’ocre rouge à ocre jaune ; avec un rehaut de jaune de cadmium clair et foncé.Rh lc 19
À partir de l’implantation d’un cadre de pourtour,
introduction, comme dans "un tableau" où vont apparaître successivement :

le croissant
et la date de la première réalisation : 1777, Rh lc 20les  lignes horaires, agrémentées pourRh lc 21 certaines, par une flèche pour les demies, ou un trèfle pour les quarts,

et enfin la méridienne : « Afin que la Méridienne du temps moyen ne présente rien de confus à la vue, il sera bon de peindre la courbe, & les noms des mois, en rouge à l’huile, composé avec du brun rouge d’Angleterre mêlé avec du cinabre & de l’huile de lin ou de noix préparée & rendue siccative comme le pratique les peintres »Rh lc 22
Ce cadran, de hauteur 3 m 90 et de largeur 3 m 10, fut terminé le vendredi 13 octobre 2013 et comporte en bas à droite la date de sa réhabilitation

Comment peut-on lire l’heure sur ce cadran solaire ?
La première observation faite sur ce cadran du XVIII
e s’accompagne généralement d’une déception : il n’est presque jamais à l’heure. Il faut se rappeler que l’horloge parlante ou que notre montre-bracelet, nous "donnent" l’heure légale, alors que notre cadran solaire nous indique le temps solaire local à La Couture.

L’heure de midi, « référence », y est symbolisée par la trace du passage du "soleil vrai" au méridien du lieu et se traduit par cette ligne verticale qui part du centre du cadran.

À gauche les heures du matin de 8 heures à midi. À droite les heures de l’après-midi de 12 heures à 16 heures. Avec les ½ h terminées par une flèche, et les ¼ h avec un trèfle.

L’ensemble deRh lc 23 cette surface, légèrement bleue (image du ciel), est « la table » du cadran.

La tige métallique dont le sommet se termine par une flèche est appelée « le style ». Elle est accompagnée d’un soleil métallique doré. Ce dernier est percé d’un trou « l’œilleton »
.
L’ombre
de l’ensemble style-œilleton va parcourir la table durant la journée dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Nous avons introduit une courbe « Méridienne de temps moyen » en forme de
huit allongé. Grâce à la tache lumineuse issue de l’œilleton, qui indique seulement l’instant du passage du soleil au midi moyen et tient compte de l’équation du temps.
Elle signale également le moment de l’année entre les solstices avec la hauteur du soleil selon les différents mois (calendrier).

Nous sommes maintenant là devant "un tableau" qui nous étonne, car enfin pourquoi tant de recherches et de travaux pour ne plus savoir seulement qu’elle heure il est ?

Rappelons-nous, au XVIII
e siècle, ceci depuis Louis XIV et avant que ne s’installe définitivement l’horloge mécanique, l’heure était gouvernée par le cadran solaire ! En 1839 encore, le temps officiel en Sarthe, est régi par une circulaire du Préfet Thomas qui demande que toutes les horloges des bâtiments administratifs du département soient réglées à l’aide d’un cadran solaire et des éphémérides.

Mais enfin qu’elle heure est-il ? Si vous êtes intransigeant et que vous n’épousez que le moment présent, au point de ne vous fier qu’à votre montre digitale réglée sur l’horloge parlante, ou à l’heure radio-pilotée… ; ce cadran a l’âme vagabonde, ne ‘l’écoutez’ pas, car il vous indique l’heure du soleil au Mans et mieux encore à l’abbaye de La Couture.

Mais pourquoi cette différence entre l’heure lue sur le cadran et celle de la montre ou de l’horloge ?
Disons simplement qu’il existe deux sortes de temps :

- Le temps vrai ou apparent, mesuré par le déplacement du soleil d’Est en Ouest.

- Le temps moyen, est celui qui s’écoule uniformément et également, comme celui de la pendule ou de la montre (bien réglées)

Ce déplacement apparent du soleil ne paraît pas uniforme ; alors que celui de l’horloge mécanique ou de la montre, lui doit être toujours égal.  Il en résulte chaque jour une différence entre ces deux temps, d’où la composition de tables qui marquent pour chaque jour de combien de secondes l’heure vraie précède ou suit celle de l’horloge à Midi. Enfin, l’introduction du dessin de la courbe, traduit cette inégalité pour chaque jour où le soleil est présent.
Et pour finir, si vous voulez être en règle avec la gnomonique et l’heure officielle, souvenez-vous : qu’à l’heure lue sur le cadran il faut ajouter l’équation du temps qui est variable (+ ou -) selon la date de l’année ; retrancher 48 secondes (longitude du Mans) et encore ajouter 1 heure l’hiver, 2 heures l’été.

Bref, si l’heure du soleil régulatrice des activités humaines perdurera jusqu’au XIX
e siècle, l’avènement du chemin de fer bousculera nos habitudes et nous obligera à tenir d’autres manières et méthodes pour décompter les Temps.

 Le point de notre recherche en 2013

Nous reprenons les documents, en notre possession, exploités lors des investigations sur les cadrans solaires et les horloges de la ville du Mans, pour nous intéresser plus particulièrement au Sieur Boutelou. La publication d’un article à son sujet dans le Bulletin des Amis de l’Abbaye Saint-Vincent Vincentiana me fut une ouverture pour aborder une autre piste, grâce aux recherches de Madame Sylvie Granger, Maîtresse de conférences en Histoire Moderne à l’Université du Maine.
Les différentes étapes :
-- En 1736 l’échevin Véron (
Médiathèque du Mans, fonds Maine, 4° 2423), Michel Boyer déclare s’être rendu à l’horloge de Saint-Julien et l’avoir trouvée en si mauvais état que sa réfection s’impose ; le bureau municipal est unanime à approuver la construction d’une horloge neuve. Le marché est traité aimablement avec l’horloger Boutelou.
-- Le 19 juin 1762 deux échevins présentent un rapport dans lequel ils déclarent 
« avoir engagé le R. P. Bedos, religieux bénédictin de l’abbaye de Saint Vincent, à visiter les horloges de la cathédrale et de la Cigogne et qu’après un sérieux examen, il leur avait démontré que ces deux horloges étaient à refaire ». Mais dom Bedos doit repartir à Saint-Denis et charge son élève le Sieur Bory, avec lequel il a déjà conduit le travail de Saint-Vincent, pour mettre le projet à exécution. Voilà donc le premier assistant en horlogerie de Dom Bedos.
1777-- Le cadran solaire de la Couture
Dans l’étude de Sylvie Granger, les personnages de Nicolas Boutelou père et fils sont bien développés. Le père, « maître orlogeur », meurt dès 1741, mais sa veuve se remarie aussitôt avec un autre horloger. Le fils, de prénom Nicolas également, qui grandit donc dans ces milieux d’horlogers, de serruriers (son parrain) et de tourneurs (son grand-père paternel), est formé à la musique au sein de la psallette de la cathédrale. Après des études chez les Oratoriens du Mans, il devient organiste de Saint-Vincent et du couvent des Jacobins. Il est jugé par Boyer (
Gelineau, Les horloges anciennes, Sciences et Arts, 1933, pages 95 et 96), qui se souvient de lui comme d’un "homme instruit dans les sciences" et il précise :
« il réussissait à réaliser des cadrans solaires ».
Durant nos conversations avec Monsieur Gérard Bollée, afin de développer le thème des cadrans solaires Bollée au Mans, mon interlocuteur me présenta un livre de dom Bedos de Celles : La Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires…, édition de 1760, propriété d’Ernest-Sylvain Bollée. Cet ouvrage qui montrait la curiosité intellectuelle de son ancêtre, avait appartenu en 1771 à Nicolas Boutelou, comme l’indique l’ex-libris sur la première page. Il s’ensuivit des comparaisons méthodiques entre les textes des éditions de 1760 et de 1774.
Cette étude me conduit à quelques interrogations et observations :

1- Qui a fait des corrections dans le texte ou introduit des calculs supplémentaires dans cette édition de 1760, ayant appartenu à Boutelou à partir de 17Rh lc compl71 ?

2- Les ajouts de calculs gnomoniques ne peuvent provenir que d’une personne très au fait de la question.

3- Serait-ce Boutelou lui-même, que l’on dit instruit dans les sciences ?

4- Ou un autre personnage se trouvant au Mans à cette époque, et qui aurait un rapport avec un lieu à la hauteur du pôle de 48°15’ ? Des calculs joints sur des feuilles parfaitement incluses dans la reliure, ainsi que des dessins pour cette latitude y sont établis.

5- Il faut remarquer que si certaines annotations effectuées sur le livre de 1760 ne sont pas reprises par Dom Bedos dans l’édition de 1774, d’autres y sont bien présentes et parfois développées différemment.

Une étude graphologique sur l’écriture de Bedos, tant avec des documents fournis par la bibliothèque d’Orléans, qu’avec ceux de MM. Hans Steinhaus et Guilhem Beugnon, n’ont pu établir formellement que l’écriture des ajouts, apportés à l’édition de 1760, sont de la main de Bedos. Quant à l’écriture de Boutelou, les actes retrouvés ne comportent que des signatures, ce qui ne suffit pas à en établir les caractéristiques.
En forme de conclusion… pour notre cadran :
Je pense que dom Bedos a bien envisagé la réalisation du cadran de la Couture, qu’il en a réalisé le dessin, mais que pour des raisons liées à son état de santé, il n’a pu mener complètement cette mise en place. Le 23 octobre 1777, dom Bedos écrit d’ailleurs depuis Saint-Denis au Chanoine Larcher.
Dans :
Dom Bedos de Celles Hans Steinhaus – Guilhem Beugnon. XXème cahier de la Société Archéologique Scientifique et Littéraire de Béziers-2008. Page 43 :
« Pour ce qui regarde le voyage que vous me proposez, je ferai tout au monde pour l’entreprendre. Je suis encor impotent de la main droite : aussy j’ai été obligé d’une main étrangère pour écrire la présente lettre ».
Je remercie Madame Sylvie Granger qui a bien voulu partager un bon nombre de mes interrogations, ainsi que Messieurs Hans Steinhaus et Guilhem Beugnon. J’ai puisé dans leurs livres et articles des références qui ont étayé le cheminement de ma recherche. 

Sylvie Granger, « Le dernier organiste du dernier orgue de l’abbaye : Nicolas Boutelou (1739-1803) », Vincentiana, Le Bulletin des Amis de l’Abbaye Saint-Vincent [du Mans], n°3, septembre 2007, pages 23 à 27.

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Date de dernière mise à jour : 13/05/2020