Reproduction d'une tombe de 800 ans
Des étudiants reproduisent une tombe vieille de plus de 800 ans
Patrimoine, Depuis novembre, des professeurs et étudiants issus de quatre universités françaises travaillent sur la reconstitution d’une ancienne tombe médiévale.
Hier matin, le calme habituel de l’Abbaye de l’Épau d’Yvré-l’Évêque n’était pas vraiment au rendez-vous. Dans la salle capitulaire une vingtaine de petites mains s’affairaient autour d’un objet peu commun : une imposante dalle de calcaire de 800 kg. Derrière ce bloc, aussi impressionnant qu’intriguant, se cache un projet unique au monde : la recréation d’une tombe médiévale.
Une tombe réalisée par des étudiants
Pour comprendre ce projet, il faut remonter le temps.
Avant la Révolution française, la salle capitulaire de l’Abbaye de l’Épau, accueillait au moins, sept dalles funéraires représentant des abbés inhumés sur le site. Or, ces dernières ont toutes disparu. L’objectif est donc, de redonner vie à l’une d’entre elles, dans une démarche d’archéologie expérimentale, en reproduisant les techniques des époques passées ; pour mieux comprendre la conception des objets.
« C’est une idée qui a germé il y a un an et demi, avec le soutien du conseil départemental et de l’Abbaye de l’Épau, » explique Gislain Baury, maître de conférences en histoire médiévale à l’université du Mans et membre du conseil scientifique de l’abbaye. « Il y a à la fois une démarche scientifique, cela s’inscrit dans un projet de recherche de l’Agence nationale de la recherche sur les monuments funéraires de la fin du Moyen-Âge, et une dimension pédagogique, car se sont les étudiants qui ont réalisé la tombe. »
Les motifs de la dalle, ont été confectionnés par des étudiants des universités de : Nantes, Poitiers, Bordeaux Montaigne, Brest et du Mans. Encadrés par des spécialistes, ils ont peu à peu donné vie à l’objet, en y représentant un abbé, entouré d’inscriptions en latin. Cette conception, qui a demandé 6 jours de travail au total, s’est faite en s’appuyant notamment, sur un dessin des tombes de l’abbaye, effectué au XVIIe ou XVIIIe siècle.
« Ce travail n’a jamais été fait auparavant »
« La tombe se veut la plus proche possible de celles qui ont put être réalisées au Moyen-Âge, explique, Haude de Morvan, maître de conférences à l’université de Bordeaux Montaigne et co-directrice du projet de l’Agence nationale de la recherche. Du côté scientifique, ça nous a permis de de recueillir des données importantes, comme les traces d’outils laissées sur les tombes lors de la confection, ou le temps que demande cette dernière ». Un apport qui s’explique par le fait que ce projet, est une première mondiale : Un tel travail sur une dalle entière, ça n’a jamais été fait auparavant, car ça demande un coût et un travail conséquents.

La pierre tombale, qui sera achevée d’ici quelques jours, par les étudiants du master Patrimoine et développement local de l’université du Mans, va désormais commencer une nouvelle vie d’objet patrimonial et touristique, en siégeant au cœur de l’Abbaye de l’Épau. La dalle y sera mise en valeur, par des dispositifs de médiation créés par les étudiants manceaux, tels que des panneaux explicatifs et des jeux pour les enfants.
De quoi concurrencer son célèbre voisin, le gisant de Bérengère de Navarre, reine d’Angleterre de 1191à 1199 et fondatrice de l’abbaye, qui trône, lui, dans l’église abbatiale.
Extraits du journal Ouest-France du jeudi 19 mars 2026
Date de dernière mise à jour : 25/05/2026